samedi 30 mai 2015

Il pleut ou il fait beau... (Fin)

De la poche de chemisette je sors le feuillet en boulette,
il a dû voyager d'intérieur poches en bonnets de soutifs,
en ombre de bonnets A et en pointe de bonnets F,
de trous de balles d'espions en occultation via chaussettes élastiques ;
les plis sombres sont striés de radicelles échevelées ; proche du mouillé
le mot est mou, sans ressort, je l'ai ouvert moi-même
pour qu'il cesse de se taire, froissures et micros fentes,
illisibilité s'étend sur surface entière – j'écarte pli sur baie :
rideau ! sur la pénombre, je vois, c'est écrit en bleu
avec palmiers découpés, sun éclairé et des cocotiers aux boules pleines,
elle apparaît alors sur les façades roses en secrétaire, médicale austère
(l'envie me reprend en imper d'enjamber discret une fenêtre)
et sonnera bientôt à la porte, je lis les mots écrits,
et c'est je t'aime, mais qui l'a écrit ?
Faut que je trouve – et du cadavre couvert arrache mon imper.
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.
 
Ainsi s'achève
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », écrit par St. Batsal(le pôle qu'elle nie)

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vendredi 29 mai 2015

Poème express inachevé

Vous avez la possibilité de terminer à votre guise ce poème express...

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posted by Lucien Suel at 07:29 9 comments

jeudi 28 mai 2015

Niveau Huit par Mimosa (7)




une voiture accoste dans la rue de Solférino
conduite basse peinture grise métallisée une
voiture lourde une ligne marron sur le flanc
un homme complet veston m’interpelle un mâle
rasé poivre et sel une bague cachée dans son
poing il la dépose dans ma paume ouverte son
souhait de me la vendre pour deux francs ses
yeux s’allument dans l’attente de ma réponse
cela se passe au bout de la rue à l’écart du
centre de ses commerces de ses bars à topins
 
je narre l’histoire à Jean-Françoé qui passe
à l’improviste il m’en récite la fin qu’il a
lui-même éprouvée sur sa chair parlons d’une
autre chose ainsi donc il serait possible de
retourner à l’école plutôt que de devenir un
homme moyennant simple demande la mesure est
paraît-il bien plus élaborée que la pratique
qui primait jusqu’à hier puisqu’il ne serait
plus exigé de porter ni complet veston blanc
ni casquette d’amiral à boudin démontable en
feignant d’apprécier le bon vin de Bandol je
me rends donc à la caserne de la rue Jacques
pour signer c’est donc ainsi que ça se passe

la literie est humide et pourtant nous avons
dévalé la France jusqu’à sommeiller dans une
gare où un triste sire est entré en écartant
les jambes comme Little Bob au saloon le gus
pas franc les yeux camuchés par des lunettes
de bave si bien qu’on ne sait pas comment il
regarde il se poste face à une dame frêle et
son enfant puis les expulse d’un geste de sa
main grasse et baguée d’or comme la patte du
coulon champion d’aller-retours dans le ciel
la cucaracha ne se trompe pas de chemin elle
arconno les ouvriers nous sommes donc au sud

le portail demeuré clos j’aurais pu enjamber
le mur sous les rafales de p.m. et mon corps
aurait dérivé les balles non parce qu’il est
fort mais parce qu’un cœur bat à l’intérieur

c’est la gare du midi c’est Jean-Françoé qui
rejoint Jeannette pour aller minger chez Don
Pino une pizza aux chandelles ma destination
est entre les gares du Nord et de l’Est tous
les phares des voitures sont jaunes avec des
gouttes sur le carreau de la ville l’auberge
avec son comptoir et sa caisse enregistreuse
est collée sur le trottoir par une vitrine à
la place du mur comme la supérette de Marie-
Groëtte mais en beaucoup plus grand un groom
fait l’accueil je me présente et il m’envoie
d’où je viens de l’autre côté de la pluie de
néon j’ai pourtant réservé il sort une carte
de la corbeille qu’on pose sur le côté de la
caisse pour les sous du pourboire je pense à
un fragile édifice qui s’écroule sur sa tête
qui la coince dans une cité hostile entre sa
gare du Nord et sa gare de l’Est je suis les
sommaires indications du groom puis je tombe
sur l’enseigne rouge et jaune où le nom d’un
ami scintille au dessus de deux étoiles cela
ressemble au début d’un miracle on pousse la
porte comme on entre dans un ventre assourdi
de velours rouge je monte les étages j’ai le
sentiment d’avoir compris que tout est remis
d’aplomb j’espère que nous n’avons pas perdu

nous buvons du vin de Poltou au goulot c’est
le sang du Christ c’est passé présent avenir
dans la bouteille un grand barman qui flashe
le cadre comme une mire dans la bouteille un
petit chat dans la bouteille des enfants qui
dansent sur le trottoir au bas de l’immeuble

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posted by Lucien Suel at 07:48 0 comments

mercredi 27 mai 2015

JOURNAL INCOMPLET DE MME B. - octobre 2007 - IV



Mardi
Je suis ma seule lectrice. Je me berce en relisant. Je me berce en lisant d’une voix monotone. Avec France-Musique en sourdine, la voix contralto de Kathleen Ferrier.
Parfois la maison me semble un décor en réduction de l’hôtel de Shining. Je me rappelle de cette phrase écrite des milliers de fois par l’acteur : « all work and no play makes jack a dull boy ».
Mercredi
Sans doute l’évocation du film et le vent qui souffla sur la vitre la nuit entière et le résultat fut un sommeil éparpillé dans des draps qui piègent les mollets s’enroulent en tortillons. Les tempes qui m’écrasent comme un serre-livres. Obligée d’avaler un gros paracétamol 1000 avec mon premier café. Je n’ai plus de Spartan. Je mange la moitié d’une Belle-Fleur-Double. Ces pommes sont trop grosses pour ce qui reste d’appétit à entretenir ma carcasse allégée.
Vendredi
Plus jeune, je goûtais volontiers l’acrimonie et la précision du Journal de Léautaud mais trop de ragots, pas de compassion. J’ai besoin de compassion même feinte, sans doute toujours feinte. Alors je préfère celui de Kierkegaard. Et aussi celui de Kafka qui me fait rire et pleurer d’une page à l’autre.
Dimanche
J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends. J’attends.

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lundi 25 mai 2015

Collage de Claude Pélieu (44)

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samedi 23 mai 2015

Il pleut ou il fait beau... (57)

Fumée du chien, ça me démange de loger encore quelques balles
en cadavre trop gracieux, jambes superbes dénudées jusqu'à l’aine.
Est-ce que rebondi s'affaisse en même temps que sa maîtresse ?
Je me tire de la pénombre macabre aux jalousies écartées raides,
je vomis fort, faut qu'on m'aide, le cadavre pâlit.
Je l'ai recouvert d'imper – elle gît, c'est achevé,
il faut que je m'échappe pour rester bien en vie,
terminée l'espionite, je m'arrache en chemisette Prince de Galles
avec le bas d'un complet sobre, pèlerin de taille moyenne.
Retenu par la fenêtre d'où le rideau tiré est parti,
où le mot disparu s'est volatilisé, j'entre en mélancolie,
entrevois le déluge en absent, l'imper beige c'est fini,
pluie ne fait plus bander, ni cheveux frisant sous les parapluies.
à suivre...
« Il pleut ou il fait beau tout le temps au début », un feuilleton de St. Batsal(le pôle qu'elle nie)
ce texte n'est pas tiré d'un vrai fait divers, de même que toute ressemblance, y compris en URSS.

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vendredi 22 mai 2015

Poème express n°368

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jeudi 21 mai 2015

Niveau Huit par Mimosa (6)



Urse Olson succède aux clairons
comme une caravane de réfugiées
Urse Olson vient d’Ukraine elle
est une vedette de cabaret post
punk elle est un visage des ans
octantes les bras en porcelaine
elle a tout lu Dorian Gray elle
a tout lu Patricia Kaas jusqu’à
Dominic Sonic à peine débarquée
c’est l’aventure avec mon grand
blond de fils qui a vocation de
chauffeur routier lui qui s’est
cassé le nautilus un jour qu’il
faisait le pitre en bord de mer
Urse Olson est souvent allongée
Olson fait la dandie Urse Olson
se dandine sur des canapés mous
convertibles les épaules vêtues
de draperies de dentelle marron
avec la fente de son bas ventre
stabilotée par un trait de khôl
il faut que nous nous trouvions
rapport à ce qui s’est passé au
départ avec mon routier de fils
et rapport à la mythologie post
punk des ans octantes mais elle
court toudi dans l’espace et le
temps elle part sans tambour ni
trompette pour ailleurs loin de
notre accueil au p’tit matin au
p’tit gris avec une jaquette de
fines côtes en polyamide et une
longue jupe de chez Direct Mode
une tache noire au dessus de la
lèvre les rêves n’auront jamais
l’odeur de la sardine sa peau a
imprimé les plis du lange de sa
naissance mais nous sommes trop
âgés pour nous en rendre compte

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mercredi 20 mai 2015

JOURNAL INCOMPLET DE MADAME B. - octobre 2007 - III


Mardi
Je me remets de dimanche de ma sortie. L’excès d’air et d’horizon, de nourriture et de boissons. Les fibres musculaires ont perdu comme les artères de leur élasticité. Je m’en arrange. Je me débrouille. Mais la plus grande fatigue résulte de l’accumulation des visages vus entrevus contemplés. Ils tournent dans l’agitation de mon sommeil. J’ai la gorge sèche.
Jeudi
J’abandonne la collection de vieux journaux. J’ai marché jusqu’à la bibliothèque pour pâturer un peu de fiction et de poésie. J’ai lu dans sa traduction un article de Jack Kerouac, écrit de 1960. Il parle d’une promenade en voiture avec le photographe Robert Frank. Il me parle du photographe et de l’écrivain. Dans ses mots, je lis les photos de Frank, les paysages noyés dans la pluie et l’électricité. Du coup, je suis allée farfouiller pour relire des extraits du Journal de Gerard Manley Hopkins. Comme il parle des vagues, des éclaboussures. Et des nuages.
Vendredi.
Le Journal d’Hopkins m’a amené à celui de Kafka. Je me voyais lire seule devant la fenêtre du jardin dans le brouillard de Prague, entre Kafka et Hopkins, au-delà du temps avec un autre demi-sourire, un peu triste sûrement sur mes lèvres. Toute la solitude accumulée, entassée serrée dans l’écriture, s’exhalant des pages parcourues des yeux et des doigts. Je dois penser à enlever cette bague qui me serre.

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posted by Lucien Suel at 07:22 3 comments