jeudi 29 septembre 2011

La frite à moustache - 3

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mercredi 28 septembre 2011

Le destin nu 4/4

LE DESTIN NU (roman express)
III
Elle sombra dans un sommeil sans rêves, occupé par le visage de celui qu’elle aimait. L’épisode des animaux en palme. Un papillon. Un sourire forcé. Le moment du départ approchait. Remuer de vieux souvenirs. Un long moment à faire des signes à ses amis. Tout le monde criait à la fois, les larmes aux yeux. Le Colonel était d’excellente humeur. Stephen n’était pas à la table avec eux. Carole regretta de ne pouvoir les rencontrer. Il n’aurait pas manqué de l’inviter.
Carole revint sur terre soudainement. Mme Mathers était tout excitée. Elle aperçut M. Bentley, fit un grand signe. A votre âge, il faut s’amuser. Nous vous payons même pour ça. Nous avons des droits. Vous en faites ce que vous voulez. Vous n’allez pas jouer. Mes ordres sont très stricts. Dansez, buvez, c’est un ordre ! Sa main était fraîchement bandée. Je vois que vous êtes allé voir le docteur. Il m’a recousu. Ça ne faisait pas si mal. Salut militaire de fantaisie. J’adore les femmes énergiques ! Ne me dites pas que vous êtes aussi prophète.
Une brusque flambée d’espoir étouffa aussitôt. Il n’avait plus voulu d’elle. Tout le monde se leva pour aller prendre le café. Sous ce regard froid, elle sentit son absence. En dépit de sa froideur, elle l’adorait encore. Je ne suis pas triste. Ce n’était pas grand chose de faire un malheur. Y a-t-il quelqu’un d’autre ? Non. Vous ne semblez pas très sûre de ce non. Mais ce quelqu’un, vous ne l’aimez pas ? Non, je ne l’aime pas. C’était, et ça reste une question. Un rire silencieux, sarcastique. Vous ne pouvez pas penser à quelque histoire. C’est probablement ce que vous me diriez. Je me demande qui sera le suivant ? Pourquoi n’envoie-t-on pas un hélicoptère au Starlight Room ? Il a les deux jambes brisées. Y a-t-il un risque de paralysie ?
Plage cernée par les rochers. Un serpentin de papier bleu, sur un quai. Le ruban bleu, le dernier, cette légende là, au moins. Elle suivit le collier des yeux. Elle faillit crier de joie.
1996

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mardi 27 septembre 2011

Express Poem #555

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lundi 26 septembre 2011

SOMBRE DUCASSE (fin)

ÉVICTION

Une lune mauvaise se lève
Derrière les nuages noirs
Sur un simulacre de casse-pipe.

Un Ange de l'Enfer en plastique
Hurle :"Maman, je n'ai rien aux dents !"

J'ai demandé à King-Kong
De réaliser le portrait officiel de la Mort.

"Just how rotten are you?"

J'étais là, debout, sous la lune,
Assistant au retour en Pologne
Du Père Ubu et de sa femelle
Après un long et douloureux exil.

La guerre est finie...
Engageons-nous bravement
Sur le rude chemin de la vie !

"Éviction" publié en juillet 1983 dans l'ouvrage de Robert Varlez, PHOTOMONTAGES. Ce texte était un "commentaire" d'un collage de l'auteur. (L'Atelier de l'Agneau, éd.)

Ainsi s'achève la mise en ligne du
premier recueil de Lucien Suel, "Sombre ducasse", dont l'édition originale a été publiée en 1988 par la Station Underground d’Émerveillement Littéraire .
Réédité en 2007 aux Éditions Le Mort-Qui-Trompe, collection Agent Orange.

Tous tirages épuisés.
Édition numérique envisageable.

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vendredi 23 septembre 2011

Rock & Lèvres

Ô BAIBIE, BAIBIE !

« Mes lèvres ! Presse-les ! Presse-les ! »
Mauricette Beaussart « Mémoires »

Tu as des frissons en redescendant le chemin de la colline aux myrtilles. Le vent siffle sur tes lèvres. Tu l’entends dire : « Marylou, bonjour bonjour, je suis amoureux de toi. ». Tu rentres à la maison. Tu vois la télévision. Sur l’écran bleu qui bave dans le noir, tu regardes Madame Nina et ses lèvres rouges, bleues ou noires. Tu ne sais pas, c’est un vieux poste de télé en noir et blanc, le genre de poste qui a vu défiler le rock du bagne et une brochette de garçons dans le vent. Tu écarquilles les yeux. Tu entends quelqu’un prononcer une formule cabalistique du style : « Bibopaloula ! ». Madame Nina est enfilée dans un pantalon moulant à rayures blanches et noires, évidemment. La bande-son n’est pas synchrone. Pour tout dire, la télé n’a pas de son. Tu remplaces aisément la chose en diffusant des quarante-cinq tours à la minute sur un électrophone tourne-disques en plastique ivoire qui gratte et prend la poussière.

Tu écarquilles les yeux en voyant Madame Nina passer le doigt sur ses lèvres. C’est la fille en blue-jeans rouges (sic) de la chanson, c’est la femme aux grandes lèvres, c’est ta baibie, c’est ta baibie. Tu louques le logo d’incruste. Tu sais que c’est la télévision autrichienne, celle qu’Adolf aurait pu regarder dans la banlieue de Linz avant que Serge ne clame son nazi rock. Bon, alors elle est ta baibie aux lèvres enflammées et Serge a réuni la bande de copains : « Salut les amis ! Salut les potes ! Maquillez-vous les lèvres, les gars ! C’est le naze y roque y rock nazi rauque ! Verstanden ! » Tu ne l’écoutes pas, tu parles avec Nina, tu lui dis : « Tu me secoues les nerfs et tu me rends fou avec tes grandes lèvres de feu. Embrasse-moi pour me faire évaporer la salive, me sécher la langue et faire des papillotes avec ! Tu me conduis comme un fou, baibie ! Tu peux me conduire comme un fou dans ma voiture. » Cet air est sur toutes les lèvres. Tu continues : « Va, ma chatte ! Va, ma chatte aux pattes de velours bleu ! »

Les lèvres sont nues, les lèvres sont soulevées, les lèvres sont ourlées. « Secoue-toi ! Baibie ! Viens ! Baibie ! » Là-bas en Louisiane près de la Nouvelle-Orléans, c’est loin de l’Autriche, on peut rêver de lèvres à gogo, oui c’est très bon, tu le sais, tu te tords gentiment. C’est agréable de sucer le bâton de sucre à l’anis. Tu t’avances vers le miroir de la penderie, juché sur les escarpins de ta maman qui ne s’appelle pas Marylou. Tu entends le petit Richard, il avance les lèvres et fait son « ouope bope heulou bope heulope bam boum » et pendant ce temps–là, Nina continue sa démon-monstration. Elle se passe le doigt par l’arrière sur les grandes lèvres, oui par l’arrière, elle se tourne sur son siège de lézeurette chaude, très chaude. Elle présente à la caméra son derrière tout rond serré dans son pantalon fuseau de ski à rayures dazistcheunnes et comment dit-on lèvres en allemand ? klein und gross ? Et tu entends le petit Richard qui ne cesse de répéter « Tout y frottis, tout y frottis, ou toutou froufrou tutti etc... » et juste-là, à ce moment précis, Madame Nina explique comment il faut passer l’index et le majeur sur les lèvres de haut en bas doucement, ou alors de gauche à droite selon la position de la tête et l’emplacement de la caméra plongée ou contre-plongée. Évidemment on n’est pas obligé d’être aussi rapide que le petit Richard, sinon on a les lèvres sèches très rapidement et ensuite elles peuvent se gercer et ça devient difficile de chanter en articulant bien parce que ça tire dans les mâchoires et au lieu d’avoir un sourire glamoureux on a un rictus et alors là ça dégringole dans les chartes.

Mais tu te rassures, Madame Nina fait aussi bien que Marylou. Elle sait exactement ce qu’il faut faire. Toutes deux font la paire. Elles maîtrisent leurs sourires, leurs sourires et leurs fourrures. Tout y frottis sur le rouge impair et passe le doigt. Elle te rend presque fou. Oui c’est vrai, elle ne se rend pas compte, tu écrases tes lèvres sur l’écran. Tu as un goût de poussière et d’électricité dans la bouche. Le saphir de l’électrophone grince et craque, voire même chuinte. Il embrasse profondément le sillon, c’est tout noir à l’intérieur. Tu as toujours tes lèvres collées à l’écran, ça dure trois minutes vingt-trois secondes. Tu n’as pas peur de te faire radiographier la tronche, tu te prends l’aperçu en pleine poire et ça éclate dans tes oreilles, éclate, oui en vérité, tutti frotti avec des lèvres pulpes de fruits.

Hou ! Hou ! Voilà Péguy ! Péguyssou ! Ta jolie Péguyssou ! Elle a les lèvres toutes bleues elle aussi. « Hou ! Hou ! Péguyssou, je t’aime ! » Tu l’aimes ta Péguyssou. Tu es un homme qui aime une femme et quand un homme aime une femme, il répéte toujours la même chose : « Je te donne tout ce que j’ai, ô baibie, tu es ma toute touttiprettie. » Tu ne peux pas l’embrasser sur la bouche à cause de cette cigarette qui reste collée à tes lèvres. Tu demandes au garçon de t’apporter un cendrier et alors une ombre de bleu-pâle fleurit sur tes lèvres mais il y a maintenant une trace de sang sur le papier et ce n’est pas du rouge baiser. Tu es saoul, tu es saoul sous ta Péguyssou et sous ta Marylou, et pendant ce temps, Madame Nina achève sa démon-monstration en gémissant à genoux sur l’écran noir et blanc de tes rêves mouillés. Tu approches ton oreille de ses lèvres et tu sens sa langue raide et gonflée s’insinuer dans le conduit auditif et tu te recules et tu constates que ses lèvres sont toutes bleues et froides et que sa langue est très chargée et que son haleine est vaguement marécageuse.

Tu es de retour dans les bayous à La Nouvelle-Orléans avec tes boules et ta chaîne de télé noir & blanc. C’est ta ruine de pauvre garçon qui a voulu réaliser un rêve inaccessible. Tu recommences à compter dans ta tête, et un et deux, et je roque, et un et deux, on va tourner sa langue dans la bouche de Ninaguyssou et de Ninarylou. « Reviens ! Baibie ! Reviens ! Tout m’est égal. Ne vois-tu pas que je pleure tout autour de l’horloge, tout autour pendant toute la nuit ? » Il y a bien des heures que tu as quitté la colline aux myrtilles. Tu n’entends plus le vent souffler dans les branches des saules. Tu as le cœur au bord des lèvres et la tête sur le bord de la cuvette. Tout autour pendant toute la nuit, tu vas l’embrasser à perdre haleine. Tu ne sais plus si ton papa est riche ou pauvre.

Tu les regardes marcher, les trois grâces, elle s’avancent vers toi, elles te tendent leurs lèvres et voici qu’en plus, ô béatitude, les voici, elles s’ajoutent, une autre gracieuse triade, à gauche de ton écran, apparaissent la petite Eva avec Helen et Brenda. Tu n’en peux plus. Vous allez vous embrasser à perdre haleine, vous manger les lèvres et la langue. Oh ! C’est si bon ! Une langue pour la bouche, deux lèvres pour l’argent mais attention, on ne tire pas la langue, on ne va pas se marcher sur les pieds, n’importe où mais pas sur les souliers en daim. C’est si bon, ça sent si bon ! Au nez ! Au nez ! Baibie ! Baibie ! Tu te mouilles les lèvres de l’intérieur comme un lapin qui fait sa prière, une baibie-lapine de playmobil-boy qui remue aussi la queue en vendant des cigarettes tachées de sang et de rouge à lèvres. « Tords-toi et crie ! C’est très bien ! Ne te pince pas les lèvres ! Ouvre la bouche ! Dis ah ! Dis iaih ! Fais aaaah ! Fais bibope ! Pince, pince et souffle ! Pince tes lèvres sur les anches ! Voilà, ça c’est hippe ! C’est pas lippe ! Secoue-toi ! Baibie ! Secoue-toi ! Fais bll ! Blll ! Bllll ! »

Tu es en nage, tout ébouriffé. Tu vas leur chanter ta chanson : « Tortillons-nous, tortillons-nous comme nous l’avons fait l’été dernier ! ». Tout le monde a l’air si triste maintenant. Tu vois le sable en petits grains collés sur tes joues dans le fond de teint, dans le bleuche, et des petits grains collés sur tes lèvres dans le rouge. Est-ce que c’est un garçon ? Est-ce que c’est une fille ? Tu serres les dents et les lèvres autour d’un gros cigare.

Tout à coup tu entends crier une jeune fille mexicaine. Le cri est sur ses lèvres sombres, elle dit à Nina que Gonzalès va rentrer à la maison à toute vitesse et que c’est tout à fait inopportun d’expliquer comment jouer avec soi-même quand on est une jeune femme sur l’écran de la télévision autrichienne sans aucun sous-titrage. Toi tu respires tous les parfums intimes de Laredo à Domrémy. Tu n’as jamais embrassé les lèvres d’un homme en étant sobre. Tu penses organiser une surprise-partie. Tu n’as jamais non plus embrassé un ours sur les lèvres. Tu vas inviter les ours à ta surprise-partie. Rouge c’est rouge, qu’est-ce que tu peux faire ? Rouge c’est rouge ! Tu peux te passer les lèvres à l’orange ou alors comme un adolescent exempt de microbes te les passer au vert fluo le jour où le monde deviendra phosphorescent. Tes lèvres ne brillent pas dans le noir. Trou rouge, c’est rouge.

Tu penses à toutes les choses que tu as vécues avec elles, avec Nina Marylou Péguyssou Eva Helen et Brenda. Tu ne connais pas le nom de la Mexicaine, peut-être Tristessa ? Rouge c’est rouge, tu veux que ta baibie revienne, qu’elle passe à l’orange ses lèvres rouges. Personne ne peut dire que tu as joué du bout des lèvres. Hou ! Hou ! Hou ! Tu sembles être ce que tu n’es pas. Tu es ce que tu ne sembles pas être. Tu tires la langue à la lune bleue du quand tu qui. Tu sais maintenant qu’il y a loin du coup aux lèvres.

Quand un homme aime une femme, il danse très lentement avec elle et l’orgue à monts se glisse dans leurs oreilles et leurs lèvres glissent le long de leur cou et se cherchent dans le noir entre les coups de stroboscopes et leurs lèvres se trouvent et s’entrouvrent et leurs bouches se trouent et la lumière se rallume et l’orgue à monts s’éteint, se fade euh-ouais et le tonnerre électrique des strato-casse-têtes prend sa place.

Tu reprends ton pied à l’intérieur de ton rêve sucré et tu commences par tremper tes lèvres dans le haut mousseux de ton premier verre de lait-fraise pendant que le tourne disques du juke-box dégueule que c’est lundi et lundi c’est pas bien et que mardi c’est déjà mieux mais que vendredi ça sera parfait oui vendredi soir tu pourras tremper tes lèvres dans le lait crémeux de sa lingerie oui mais c’est un rêve et oui en vérité en réalité tu as le vendredi dans ta tête mais tes lèvres tu les as trempées dans une quinzaine de demis pressions en écoutant autant de fois l’ami Mique te dire que lui aussi n’éprouve aucune satisfaction et qu’autant de fois tu t’es retrouvé à faire la moue dans le miroir des toilettes et que finalement il n’y aura pas de lait aujourd’hui même sans sucre. Sucre sucre c’est si doux au nez au nez c’est si doux tes lèvres et ta langue cachée derrière tes lèvres petit animal rose qui sortira bientôt de la maison du soleil levant pour jouer dans la rosée du matin.

Tu arrondis tes lèvres pour sortir un beau rond de fumée qui monte lentement vers le plafond de la discothèque et se crache dans les rayons lumineux brouillés de la boule à facettes qui tourne au-dessus des couples en danses. Finalement tu trempes tes lèvres dans ton verre de whisky et tu n’écoutes plus les tops du box. C’est le capitaine au cœur de bœuf sanguinolent qui te donne tes tickets d’avion. Tu ne fais pas la fine bouche.

Tu reçois une lettre scellée par des lèvres rouges écartées. Ta baibie t’a écrit une lettre, elles s’est tartinée les lèvres, les a serrées collées remuées mâchonnées pour bien répartir la pâte rose sur toute la surface, entre tous les plis, et ensuite elle a consciencieusement appliqué l’arrondi de ses muscles en anneaux sur sa signature au crayon feutre rose tyrien angora. Tu trouves ça bizarre de recevoir ces lèvres par la poste. Tu es devenu le leader du pack de bière. Tu vois toute la bande de petites changrilas en blouson noir serré. Tu regardes leurs lèvres bouger. Tu essaies de lire sur les lèvres mais tu ne comprends rien elles bougent trop vite. En fin de compte la suprême changrila se détache du groupe. Elle sort un tube de sa poche de poitrine, se penche par-dessus ton épaule et elle écrit en gros rouge bien gras sur l’écran de ta vieille télé noir et blanca:

BONBON POUR MA CONFITURE
SUCRE POUR MON MIEL
BAISER PARFAIT
JE NE TE LAISSERAI JAMAIS PARTIR

Lucien Suel
Décembre 2006
Publié pour la première fois en dans la revue MINIMUM Rock'n'Roll

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jeudi 22 septembre 2011

Le destin nu 3/4

LE DESTIN NU (roman express)
III

La jeune fille se leva avec le soleil et se précipita pour assister à l’arrivée à Tonga. La mer était grise et calme et l’étrave la fendait avec un bruit de soie. Je viens d’apercevoir le Palais Royal, le Belle Star juste devant. C’est au bord de la mer. Fait-il beau ? Très beau. Le ciel est clair et il y a une petite brise.
Encore mes yeux, mais n’oubliez pas mes jambes. Il y avait en lui une tension. Elle n’arrivait plus à supporter ce mutisme. Elle était si énervée qu’elle en tremblait. Il se tourna soudain vers elle et la regarda. Il allait parler. Il ouvrit la bouche et donna un coup de poing. Encore une occasion manquée. Elle n’avait pas envie de partir. Bon, et bien j’y vais, s’entendit-elle dire.
Il regardait toujours au loin. Il lui donnait en permanence l’impression de ne pas exister. Je ne savais pas que vous aviez des amis. Je ne le savais pas non plus. Nous avons travaillé un temps. Le monde est bien petit. Un petit brandy de temps à autre. Il est si petit et pourtant il a le diable au corps ! C’est toujours comme ça ? Oui, par moment nous devenons hystériques. Nous nous occupons des tout petits. Ils ne sont pas trop difficiles à manier. Celui-ci est assez calme. Regardez ! C’est de l’argent. Depuis quand écoutez-vous aux portes ? Je sais même son nom. Il se trouve que je vous ai vue dans ses bras. Sous une pile de coussins, il vous a bien embrassée.
Personne ne faisait attention à elle. Ses yeux ne quittaient pas les longues mains, l’homme inconscient. On installa le blessé sur la civière. Il y avait juste assez de lune. Elle croisa quelques couples. L’amour pour certains était si facile ! Elle se laissa tomber à deux pas de l’eau, Voie Lactée en miniature. Son foyer momentané, l’endroit où elle vivait, sa vue la réconforta. Au bout de quelques minutes, elle entendit le bruit.
Une ombre se dégagea. Un homme, seul, s’assit sur un rocher, près d’elle et la regarda un long moment. Vous êtes seule ? Cette façon si calme de l’insulter la rendit folle. On est heureuse de sortir. On se fatigue de surveiller ses mains. Un gibier facile, il a beaucoup de respect pour les femmes. Une foule de gens circulait à bicyclette. Des colliers de fleurs d’hibiscus, marins qui descendaient à terre, une jeune vahiné contre la passerelle. Puis-je vous poser une question ? Est-ce que vous êtes jamais sortie ? Quelquefois, oui. Il est avec vous. Il est ailleurs, dans les nuages. Ils s’étaient lentement rapprochés et ils furent bientôt étroitement enlacés. Le premier baiser. La petite plage. le ciel commençait à éclaircir. La main dans la main. J’espère que vous ne vous êtes pas trompé de côté. C’est le bon côté, lui répondit-il en souriant.

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mardi 20 septembre 2011

La frite à moustache - 2

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lundi 19 septembre 2011

SOMBRE DUCASSE 34

CHAPITRE XIII

MOTEUR : ÉPOUILLAGE (2).(f)

Le tube-néon clignotait du morse. Voluptueusement installés dans le divan de la salle d'attente, Brigitte & le Docteur Omnes lisaient ensemble l'éditorial du premier numéro du grand hebdomadaire : "DEMAIN, ON RASERA GRATIS", que Cosmik- Galata leur avait ramené de la boucherie. Debout derrière eux, Marie-Jeanne K. lisait entre les lignes par-dessus leurs épaules jointes. La scène se modifia.

... donne-toi au syndicat... gonflé à l'extrême... le mieux vaut le tumulte... écrasant le silence s'abat sur les indécis entraînant le formalisme sur le tapis & s'allonge... bureaucratisation bras écartés... chacune vient dans la réalité musclée de ses mains... divergences chevelures brunes prises sentant renaître ses forces sauts voluptueux dans les deux bouches... les tendances de peau syndicales différentes la vie elle-même... il explore les deux sexes parce que partenaires... le même désir menace le débat... Brigitte inhérente gémit de convoitise inhérente comme brusque mouvement... elle l'introduit dans être fondé pour être... faire jour ses lèvres et la forme sur ce plaisir... cette bouche qui permet celle de La Fille De La Grosse Montée mais délicieusement que la main dans les pays totalitaires vient se placer de manière à détenir la vérité haletante comme Brigitte... personne n'introduit un doigt autre les sens en feu & sa caresse s'alignant jouissance : "Encore une fois, Guides éclairés !" ... des heures passent... les tendances s'alignent... peut-on citer une seule main ?... la dernière étreinte fut le syndicat national... Omnes la pénètre enfonce permettant à tous son membre froid su donner la verge réelle pas seule... cri de libération s'échappe... courants de pensée... êtres livrés au plaisir... réciproque ami... revenir à lui le Docteur Omnes alla vers le parti unique entre les deux femmes placer sa tête sur une épaule fourrageant dans les deux partis seuls tolérés... blondes parfaites pour de nouveaux fonds... bientôt il baise les mains... en même temps une main à exception recommence à enfiler des instituteurs en mains vers le sexe... sentir si dure poussée interne son... commence les unanimités langues chaudes... Omnes rugit quant à Brigitte son amant l'affole la mort de l'esprit offrir son sexe à la différence... voire gémit en suçant si profond d'elles-mêmes d'autant mieux comme libérateur dans le sexe accepté si profond... CHAQUE JOUR LE RÉEL FUT INDESCRIPTIBLE... tandis que la nature humaine à grands coups de reins... la conscience presque douloureuse...

À l'époque, c'est à dire maintenant, Cosmic-Galata n'avait pas encore dans ses cellules inscrit le sonore accord de la viande des dieux. Penché sur le papier transacté à vil prix, il dessinait le soir dans le fortin électronique, les jaillissements spermiques imaginés par les stroboscopes. Une nuit, à l'instar des créatures de marais, Le Monstre En Manteau De Fourrure lui avait rendu visite en surgissant de son grand miroir. Ceci lui avait causé une vive terreur. Pour conjurer la peur qui lui faisait dresser les cheveux sur le crâne, C.-G. s'était tenu devant la glace en serrant dans ses tremblantes mains de nombreuses photos jaunies autrefois éjectées par les miroirs. La formule "INDIVIDU" brillait magnifiquement dans le noir.

Fin du chapitre XIII, "Moteur : épouillage (2)" publié en septembre 1986, sous-titré "Journal de voyage 1979-1986" et constituant le N° 5 de la revue LA DUC D'AUMALE (J.-M. Baillieu, éd.)

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samedi 17 septembre 2011

Divers liens

Entretien exclusif avec le poète muet Thierry Rat qui nous reçoit aimablement chez lui à Calais dans sa bibliothèque.

Page Lucien Suel sur le site de la Maison de la Poésie de Nantes. En bas de page, deux lectures à voix haute : "Souffler dans le ciel, taper dans la terre" et "Duki son chévio ?"(picard).

Pour la parution de Théorie des orages aux éditions Publie-net, article de Pierre Ménard sur le blog Liminaire (avec une carte postale du Canal d'Aire près du pont de Guarbecque).

Poèmes express, collages et détournements. Reportage sur le Bureau d'Asile Poétique mis en place par Stéphane Benault dans la classe de Marie-Noëlle Vilain au collège Mendès-France, quartier de la Bourgogne à Tourcoing.

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vendredi 16 septembre 2011

La frite à moustache

Spécial dédicace à Danièle Momont

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jeudi 15 septembre 2011

Un proverbe

"Le fer aiguise le fer, ainsi un homme aiguise un autre homme"
Ce proverbe qu'on peut lire dans le Livre des Proverbes aurait pu aussi être lu dans le Livre des Rémouleurs. On peut l'entendre, prononcé par l'acteur Michel Piccoli dans le film « Max et les ferrailleurs ». La signification exacte de la phrase est : « le poème parle du poème, comme le chien mange un autre chien », ce qui veut dire « la pluie tombe dans l'eau, car le lac est un mot de trois lettres ». En d'autres termes, on extrapolera que la langue du chien n'est pas celle du vautour, même si les dents sont le tango.

Remarque : Michel Piccoli en enfonçant un objet métallique pointu dans un matelas pique au lit) tandis que sa partenaire (dans le film) Romy Schneider est patronymement une descendante des forgerons du Creusot et couturière. La boucle est bouclée, ainsi, les ciseaux découpent un autre oiseau (cisaille de cuisine).
Lucien Suel (publié dans les Mardis d’Adrénadine)

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mercredi 14 septembre 2011

Le destin nu 2/4

LE DESTIN NU (roman express)

I I


Elle souriait avec des yeux fous, à voix très basse, l’insulte aux lèvres. Elle avait couru tout le chemin. Du matin au soir, et où qu’on aille, toujours un homme d’équipage d’un gros navire... Le soleil avait disparu à l’horizon, un ralenti de cinéma. Heureusement que nous avons des ennuis, pareille solitude, quarante-cinq années de bonheur. Il ne me reste plus grand chose. Je suis en train de devenir fou. C’est une excellente idée. Je serai plus tranquille. Par moments. Le travail. Nous sommes loin du travail. Je sais que la nuit ne fait que commencer. Je suis vraiment épuisé. Je suis une brute. C’est magnifique. Allez, ouste, mourir en silence, comme le loup. Au plus fort de mon agonie je crierai et je mourrai en vous maudissant, en riant, en riant. Moi aussi, je me rappelle la personne qui avait voulu que nous volions et des nageoires pour ceux qui voyagent avec ce monstre. Le sillage du paquebot était la seule chose que l’on pouvait voir. Avec ma main malade, où est le plaisir ? Louchait sur les jambes, il avait les yeux brillants. Un petit paradis, juste pour nous. Une voix sépulcrale : Il y a un message radio pour vous, madame. Si j’étais vous, je ferais attention, elle fait un peu trop les yeux doux. Les enfants l’adorent. Elle s’entraîne à élever une famille nombreuse. Et bien, Colonel, ce spectacle vous plaît-il ? Gambader avec des jeunesses, vous allez nous en donner la preuve. Pas tout de suite, implora le Colonel. Je veux les petites danseuses se trémousser.
Quelle est sa couleur favorite ? Le bleu, je crois. Oui, c’est ça, le bleu. J’ai cru que j’avais des visions. Elle venait de choisir une robe. C’était un imprimé turquoise. Les impressions étaient vert-pâle. Êtes-vous bien installé, Colonel ? La brune incendiaire, la fille en uniforme, séducteur sur le retour, il sourit à tous. La femme brune. Le Colonel fit un petit salut à la jolie blonde. Je passerai vous voir demain, Colonel. Elle fut complètement paniquée. Elle ne pouvait abandonner. Il n’y avait pas d’autre échappatoire. Une sorte de vengeance, en quelque sorte. Elle avait l’estomac noué. Vous avez sans doute raison au détriment de leur santé et de leur confort. Gardons cela pour nous jusqu’à la fin. Ils se quittèrent sur ces mots. Elle était sur un tapis volant. Sous le coup d’une impulsion soudaine, il se pencha et fit claquer deux gros baisers sur ses joues.

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mardi 13 septembre 2011

Le peigne

Le peigne de M. Raymond Barre
(dessin idiot trouvé)

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lundi 12 septembre 2011

SOMBRE DUCASSE 33

CHAPITRE XIII

MOTEUR : EPOUILLAGE (2).(e)

Je peux prendre pleines en la main
Les secrétions internes
ou être la mue d'une chenille
dans le jardin défriché
avec certains mots qui délivrent une autre forme :
"Tous nos compagnons sont étendus là,
Pour défendre leur bien de tous ces gros-là.
Ceux qui ont l'pognon,
Ceux-là r'viendront.
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car nos troufions
Vont tous se mettre en grève.
A votre tour, messieurs les gros,
De monter su'l'plateau.
Si vous voulez toujours la guerre,
Payez-la d'votre peau."

J'ai envisagé une fausse réforme du département rapidité, soleil,
végétal,
la destruction de l'arc-en-ciel
& la douloureuse sodomisation
des délégués à l'aménagement de la vie.

Avec moi, rangez la vie
En exigeant la sauvegarde de votre blocage
& une baise immédiate de première,
l'échelle mobile des glaires,
la création de nouveau travail plus
& la gratuité de votre dignité.

Demain, tout peut changer,
Cela dégouline de vous.
Aérez ! Aérez ! Aérez !

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samedi 10 septembre 2011

Hommage à la Beat Generation

Un long poème en hommage à Kerouac, Ginsberg et Burroughs lu le 16 mars 2011 à la Maison de la poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, accompagné par le musicien Philippe Dourneau qui improvise en découvrant mon texte. Film de Pierre Lamassoure. Durée 9'23".

Ce texte fait partie d'un ensemble intitulé "Anges d'un nouvel ailleurs" à découvrir dans les archives du Silo.
Anges d'un nouvel ailleurs (Kerouac Ginsberg Burroughs) 1/7– Collaboration poétique entre Arnaud Mirland, Lucien et Thomas Suel -
Anges d'un nouvel ailleurs (Kerouac Ginsberg Burroughs) 2/7

Anges d'un nouvel ailleurs (Kerouac Ginsberg Burroughs) 3/7
Anges d'un nouvel ailleurs (Kerouac Ginsberg Burroughs) 4/7
Anges d'un nouvel ailleurs (Kerouac Ginsberg Burroughs) 5/7
Anges d'un nouvel ailleurs (Kerouac Ginsberg Burroughs) 6/7
Anges d'un nouvel ailleurs (Kerouac Ginsberg Burroughs) 7/7

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vendredi 9 septembre 2011

L'escabeau

L'ESCABEAU

clic & clac__________haut de ces
girafe elle__________pattes très
déploie les__________ouvertes la
jambes elle__________plate-forme
ou lui donc__________vibre mains
escabeau ou__________serrées sur
elle est-ce__________la rambarde
escabelle à__________trapézistes
vrai dire à__________lecteurs ou
bon escient__________fouineurs à
disons donc__________l'affût ils
qu'elle est__________s'élèvent à
lui et elle__________l'assaut du
et ils sont__________ciel factum
quadrupèdes__________des savoirs
le polygone__________bibliophile
au sol lieu__________famille des
où aboutira__________rats lisant
la ligne de__________le dos doré
verticalité__________scrutant la
trait tendu__________tranche des
à partir du__________volumes les
point idéal__________lecteurs se
centre d'un__________cramponnent
lien uni de__________faut que tu
gravité tel__________t'accroches
l'équilibre__________toi là-haut
enfin opéré__________attrape ton
debout face__________bouquin moi
aux casiers__________j'enlève le
de livres à__________machin quoi
trembler en__________ct'escabeau

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mercredi 7 septembre 2011

SOMBRE DUCASSE 32

CHAPITRE XIII

MOTEUR : EPOUILLAGE (2).(d)

Noir, c'est noir.
Hyperréalisme.
Art corporel.
Support sur fesses.
Pétrole notre lait.
Les prairies du Léthé noires.
La joie brille dans les yeux de Paul Molémort.
Des vagues luisantes amoureusement assombries par nous
Hommes
Puisé dans les sables blancs de la nuit chaude islamique
& déversé doucement sur les flots verts de l'Atlantique.
Les Fous de Bassan se suicident avec enthousiasme
Wow !
D'immenses chaudrons avec les bulles de chaleur-vapeur
qui nous soulèvent dans notre niche de vie.
Que les soigneurs enfoncés soient en vous et en mon...

J'eusse aimé leur offrir la fleur de mes fleurs & m'évanouir dans une brume-miroir,
l'in-game yoyo yoyoni fille enfantgarçonpoupée d'appétit dévorant
avec les mots & les dents
transportés vers les laboratoires des commissions paritaires
dans une nuit jaune
& rendus là, introduits dans le dur cul de Thanatos
with la crème Diadermine.

Regretterez-vous jamais assez de m'avoir appris le maniement
de ces armes ? (niant ce qui aboutit à ma mort)
Dans ce fond de sacré bruit délirant
craquer brûler signes de ma main à Pataugas-City,
les chaudrons de Pataugas-City.
Gueule-Cri, Cosmik-Galata : Sois précis dans la dérision !
avance la machine !
joue le bloc-drogue!
ne trahis pas la confiance du crédit & conserve une expression distinguée,
noire ou blanche !
D'ailleurs, le meilleur moment est le matin pour le divin acide qui burste dans le cerveau en même temps que se lève à l'est le soleil à regarder en face. (Vérifier l'heure exacte du lever dans le Calendrier des Postes.)
Ce n'est plus de la témérité.

Je suis le monstre exquis qui fait du ski nautique sur les terrils au nord-ouest du Lac de Genève, le monstre de montre qui dévore le jazz à la mode.
Si ce n'est moi, c'est donc monster.
If it's not me, c'est donc moteur.
Kronos est tapi au fond du temple.
Les marchands du temple sont toujours en retard d'une guerre.

Les parchemins vivants,
Les lettres bavardes,
La visibilité signifiante.
Lieb'ich dich
Entrelacs
Cancrelats
Liebst du mich
L'autonomie picturale dans un labyrinthe répétitif
La rouille aussi est un parasite !

"Bien, envoyez les photos suivantes !"
L'acharné atténue la présence du temps
respire le livre transparent.
touslesjoursmanipulationsdel'institutsavantetchimpanzéaveclesatomistesenfermés
danslecoeurduréacteurnucléaireetlesaccidentésdelaroutecomptabilisésaveclesmorts
delafamineetlescharlatansdelaparapsychologietousceuxquifabriquentlafaussemonnaie
enrouleauetquichientdanslapositiondulotusenattendantlatroisièmeguerreet.........
(1985)

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mardi 6 septembre 2011

Le loup-garou

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lundi 5 septembre 2011

KURT WITTER saison 1

KURT WITTER est un roman-feuilleton expérimental.
Chaque chapitre est constitué de 10 blocs de texte (épisodes tweets de 140 signes) publiés hebdomadairement (2 par jour) sur mon compte Twitter.
Voici la première saison de la série : 7 chapitres, soit 70 tweets publiés entre le 18 juillet et le 2 septembre 2011.


I

Il se dégagea des draps et redressa deux figurines du jeu de dadas renversées sur le marbre de la table de nuit. Un coq cria. Kurt fut ravi de constater que le chewing-gum avec lequel il avait façonné les petits chevaux était dur. Anna apprécierait.

Le coq s'était tu. Le chant d'un pinson déclencha le sourire de Kurt qui tenta une imitation : ziiuu ennze ziiuu rinnzkrmüüü. Ayant fini sa toilette, Kurt envoya un tweet à sa fiancée. Anna Bloom lui répondit : "Goo goo g'joob" sur son adresse google.

Sur le trottoir devant la maison, une boîte de métal écrasée luisait rouge et noire sous le soleil rasant. Sélection du tri. Kurt avait parlé du choix aléatoire des matériaux avec Hugues Haubal et Han Ri Mishoko qui l'aidaient pour la construction. Le trio coopérait ; le capharnaüm proliférait dans tous les sens. De loin, il s'apparentait à une casse automobile rutilante.

En mastiquant son bloc de pâte à mâcher, Anna Bloom pensait à la pauvre Pénélope. Omer avait été ignoblement cruel avec elle. Anna, fière de son statut palindromique, préférait la sculpture, même avec du chewing-gum, au travail à la chaîne du tissage. Elle mâchait. Des Malapartes jaunes et des Bollywoods roses. Elle était la maman des dadas, mais c'est Kurt qui les nommait.

II

Kurt progressait, tête courbée vers le sol, traquant les matériaux intéressants. Tout en se méfiant des dépôts inappropriés. Une boîte de bière aplatie avait pris une forme de hérisson. Kurt la ramassa, l'examina, la huma et l'enfila dans son cabas. Près du centre commerzial, les ocelles noircies des gommes à mâcher abandonnées, puis écrasées, grouillaient sur le dallage. L'idée était de filmer numériquement le sol de son circuit habituel et de donner des valeurs sonores aux taches du trottoir. Kurt imaginait la prochaine partie de petits chevaux avec Anna, Hugues et Han Ri dans une ambiance musicale louigirussolote.

Rentré chez lui, il amalgama le hérisson d'aluminium à la fresque polychrome et tintinnabulante qui colonisait les cloisons. Kurt avait donné au collage monstre le titre de Manifeste Entropique du Recyclage Zaoum. Anna avait suggéré Zazou. En vain !

Le jeudi, les amis vinrent à 8 h pour le rituel tournoi de dadas. Kurt diffusa son film de trottoir et sa musique de taches. Anna s'autorisa la blague coutumière "Si vous ne venez pas à 8 h, Kurt ira à vous !" Le trio pouffa poliment "Ha ha ha." Han Ri Mishoko offrit sans succès des pralines à la mescaline. Hugues Haubal disposa la caravane d'équidés et lança les dés.

III

Anna savait, aussi bien que Kurt, qu'un coup de dés jamais n'abolirait le bazar.
L'été enfin là, ils partirent pour la côte.

À l'aube, ils piétinaient dans l'eau, le regard tourné vers le large et le haut. Au retour, ils longeaient la laisse de mer. L'appartement de location se remplissait des trouvailles de Kurt : gants de pêcheur, fragments de filets, boîtes diverses...

Sur la plage de Berck, plongée dans le Cryptonomicon de Neal Stephenson, Anna n'entendait pas les hélicoptères et jetskis. Étendu sur le dos, Kurt pensait au destin de l'humanité, aux cuisses d'Anna et à se rendre à la poissonnerie. Il s'endormit.

Dans le rêve de Kurt, un homme vêtu d'un costume noir et portant un chapeau et des lunettes de plongée l'invita à le suivre. La plage s'agrandit, devint le Sahara. Les deux personnages se dirigèrent vers une structure composite qui émergeait du sol. Cela ressemblait au M.E.R.Z., un Mélange Étrange de Rebuts Zoologiques, une création du cabinet associé Moreau-Frankenstein. L'ozone emplissait les fosses nasales de Kurt tandis qu'il contemplait le mégalithe caparaçonné d'un camouflage multicolore. L'assemblage hétéroclite qui recouvrait les parois de la chose vibrait et bourdonnait. Costume Noir procura une explication.

IV

Une telle "machine" s'élaborait en fusionnant théologie négative, biologie cybernétique, ondes de forme et théorie du chaos. Un sourire de compréhension illuminait le visage de Kurt mais la marée montante l'exfiltra dans les filets du temps présent. La voix suave d'Anna glissa dans les osselets de son oreille gauche : "J'ai attendu la dernière minute pour te réveiller."

Zigzaguant entre parasols, bronzophiles inertes, lanceurs de balle, porteurs d'eau, terrassiers, ils traversèrent la plage. Chez le poissonnier Broodthaers, Kurt acheta deux litres de moules maliques et soixante-quinze centilitres de vin blanc sec. De façon générale, les magasins de l'Avenue de la Mer exhibaient des objets conçus pour être directement jetés aux ordures.

Les jours suivants, le ciel se transfigura en wassingue de coton gris suintant ou pissant alternativement sur toute la côte. Suivant les conseils du Dr. Reich, Kurt et Anna restèrent cloîtrés dans l'appartement pour creuser la fonction de l'orgasme. La production d'orgone exaltait la faculté cognitive. Au son des averses, Kurt méditait la vision révélée par Costume Noir.

Après sept jours de réflexion, de baise et de pluie continues, le couple décida de quitter la côte et de regagner la ville.

V

Kurt très ému de retrouver son M.E.R.Z. y incorpora les coquilles nettoyées des moules de chez Broodthaers. Mer et calcaire. En lien étroit avec le "rêve de la plage", la sculpture devenait doucement une Machine Émotionnelle de Recherche Zénithale. L'œuvre était présente dans toutes les pièces de la maison, comme un bobinage géant à l'intérieur d'une capsule temporelle. Parfums, couleurs et sons se répondaient. L'alternance entre l'organique et le métallique assurait l'accumulation d'énergie.

Le geai numérique cria pour alerter Kurt. Connexion : message urgent de Hugues Haubal sur l'état de santé de Han Ri Mishoko. Leur ami avait surdosé ses bonbons psychovitaminés. Le Bureau de Salubrité Mentale avait réagi. Il faisait face aux verrous. Le pronostic vital d'Han Ri Mishoko était engagé dans un sens irrémédiable. Kurt se sentait misérable. Miracle inconcevable.
Pour se décontracter, il s'installa devant l'écran, se brancha sur Utube Video. Avec stupéfaction, il reconnut Costume Noir. L'homme le fixait par delà la marée d'octets. Il grommelait : "Mot tombant, photo tombant, irruption dans la chambre grise." Kurt était ébahi, presque en transe. Il profita d'un cut dans la vidéo pour murmurer : "Rakete rinnzekete". Le geai brailla.

VI

Anna enregistrait les oiseaux dans le Parc Central et joignait leurs chants à la messagerie. Le geai figurait Hugues Haubal. Son nouveau message racontait la visite d'un agent du B.S.M. à la recherche de Mishoko. Celui-ci avait pris la clé du champ. Kurt fut à la fois soulagé et inquiet. En manque, Han Ri ne pouvait aller ni chez lui, ni chez ses amis. Le B.S.M. veillait. Les gens de la Salubrité Mentale ne jouaient pas avec le bonheur des citoyens consommateurs. Le bien-être était obligatoire.

Un croassement annonça l'arrivée d'un tweet troublant, un message sybillin de @hanrimishoko : "Rembobine. Reprends mon nom." Kurt avait saisi. Il connaissait cet ami depuis longtemps, bien avant qu'il n'adopte ce pseudonyme un peu balourd. Mishoko ! Ils s'étaient rencontrés en 1970 à Amsterdam, chez Van Gennep. Tous deux venus pour acheter la collection complète de l'I.S. Adeptes de la dérive psycho-géographique, ils avaient fraternisé. Georges Permeke-Spilliaert était belge, poète et musicien.

Pour Kurt, "rembobiner" était une référence à leur commune composition bruitiste : Fuite hors du temps vers le Nord radical. Il sourit. Aidé par ses initiales, l'ex Han Ri filait en direction du Septentrion pour échapper aux griffes des hygiénistes.

VII

Fixés quant au sort de Georges Permeke-Spilliaert, Kurt et Anna reprirent leurs affaires : stock, sculpture et savoir-vivre. L'habituel tournoi de dadas eut lieu le jeudi suivant le départ de G.P.S. Sans praline, mais en présence de Blanche Sélavie. La jeune femme escortait Hugues Haubal. Il la présenta : "Elle est pataphysicienne, spécialiste en astronautique intuitive."

Durant le match entre la cavalerie Bloom-Witter et le duo Sélavie-Haubal, Kurt narra le projet M.E.R.Z. à la nouvelle venue. Blanche ignorait le but ultime de la Machine Émotionnelle de Recherche Zénithale mais avait assimilé son potentiel utopique. Les petits chevaux de chewing-gum durci, poupées Pat et Walt du futur, orbitaient sur la piste, telles des figurines vaudou.

Plus tard, relisant un classique, Anna nota cette condition essentielle : "Entre en transe en rêvant d'un objet face à toi." Elle copiecolla la citation, la posta et la tweeta. Trois minutes après, le chant du pinson sortit de son nid-book. Ziiuu... La réponse de Kurt tenait en moins de 140 signes : "Inversons le principe. Mettons en transe les objets qui nous entourent."

Kurt était maintenant au milieu du gué.
Dans l'attente.
La nuit, Costume Noir apparut dans son rêve, comme un Ange vagabond.

Fin de la première saison.

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dimanche 4 septembre 2011

Micro-fiction dans l'urgence

Cliquer pour avoir la bande-son (durée : 7 minutes)

Le pilote pose l’hélicoptère sur la plate-forme du Cook County General Hospital. Courbés sous les pales, les personnages importants se dirigent vers l’accueil ouvert 24 heures sur 24. Le courant d’air poussiéreux soulève les blouses blanches. C’est le Jour J pour Peter Benton, Jeanie Boulet, John Carter, Mark Greene, Carol Hathaway, Susan Lewis, Doug Ross et Kenny Weaver...
Le retour de Carol Hathaway au sein de l’équipe médicale va permettre de comprendre pourquoi Doug Ross est sujet aux maux de tête. Une voix off déclare : « Ça fait trois bonnes heures que les waters sont bouclés... »
« Je parie qu'ils les ont transformés en salle d'opération... », envisage le docteur B.
La longue nuit aux urgences commence dès le coucher du soleil sur la Cité des Vents. Les fantômes errent dans les couloirs baignés de lumière bleue. Un concert d’aboiements éclate au bord du lac Michigan. Une succession de chocs ébranle la porte de la chambre 23, réveillant le docteur Mark Greene qui s’est allongé entre deux interventions chirurgicales. Il enfile ses pantoufles caoutchoutées et s’élance rapidement, mais silencieusement, vers le bloc...

Plus, ici.

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samedi 3 septembre 2011

KURT WITTER (VII)

VII

Fixés quant au sort de Georges Permeke-Spilliaert, Kurt et Anna reprirent leurs affaires : stock, sculpture et savoir-vivre. L'habituel tournoi de dadas eut lieu le jeudi suivant le départ de G.P.S. Sans praline, mais en présence de Blanche Sélavie. La jeune femme escortait Hugues Haubal. Il la présenta : "Elle est pataphysicienne, spécialiste en astronautique intuitive." (61-63)
Durant le match entre la cavalerie Bloom-Witter et le duo Sélavie-Haubal, Kurt narra le projet M.E.R.Z. à la nouvelle venue. Blanche ignorait le but ultime de la Machine Émotionnelle de Recherche Zénithale mais avait assimilé son potentiel utopique. Les petits chevaux de chewing-gum durci, poupées Pat et Walt du futur, orbitaient sur la piste, telles des figurines vaudou. (64-66)

Plus tard, relisant un classique, Anna nota cette condition essentielle : "Entre en transe en rêvant d'un objet face à toi." Elle copiecolla la citation, la posta et la tweeta. Trois minutes après, le chant du pinson sortit de son nid-book. Ziiuu... La réponse de Kurt tenait en moins de 140 signes : "Inversons le principe. Mettons en transe les objets qui nous entourent." (67-69)

Kurt était maintenant au milieu du gué.
Dans l'attente.
La nuit, Costume Noir apparut dans son rêve, comme un Ange vagabond. (70)

Fin de la première saison.

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vendredi 2 septembre 2011

Le destin nu 1/4

LE DESTIN NU (roman express)

I

Nous n’allons pas passer notre vie. Nous avons autre chose à faire. C’est merveilleux ! On doit pouvoir vivre n’importe où. Pourquoi pas. Nous avons déjà tout préparé. Carole ne se fit pas dire deux fois. C’est alors qu’elle entendit un cri. Carole ! Cette voix ! Elle croyait rêver. Carole ! Ici !
Un merveilleux vieillard. Je ne le trouve pas du tout raide. L’appel de la mer a été le plus fort. Une visite qui ne dure pas plus d’une heure, la piscine et les bains de soleil. Il fait très bien son travail ici.
Myriam était une petite blonde plus âgée, des yeux gris et froids. Elle faisait un peu penser à une souris. Elle dévorait. Ce matin-là, elle était assise sur le pont. L’après-midi avec de vieux amis, ce doit être le travail le plus facile. Partez-vous voir vos amis ou en revenez-vous ? J’y vais. J’ai eu plus de travail que prévu ce matin. Ce sont vos amis aussi. Oui. J’avais plus ou moins deviné. Bon il est temps que j’y aille. J’ai encore une longue lettre à écrire. Il y a un bureau de poste sur le chemin.
Vous, un homme moderne ! J’ai plus de profondeur que vous ne pensez, une âme tourmentée. Ça, je ne peux le croire ! Être riche n’est pas tout. Vous devriez aller à l’infirmerie du bord. Seules les jolies femmes méritent les cadeaux. C’est un des derniers vestiges de l’époque. C’est un peu vieux jeu. La vue sur le port était admirable. Je les vois. Regardez, là-bas ! Bon sang ! Oui, c’est bien eux. Oui. Où allez-vous comme ça ? Nous nous rencontrerons peut-être. A ce soir ! A bientôt. Bonsoir, Myriam. Vous êtes de service de nuit ? Carole crut qu’elle allait la frapper. Elle explosa.
Vous auriez pu me le dire ! Elle ne sut que répondre. Sanglots dans la voix. Vous lui avez parlé ? Oui ! Et c’était terrible. Mais elle ne voulait pas d’explications. Pourquoi ne rien avoir dit ? Je devrais vous tuer. Peut-être, répondit l’autre, folle de rage.
Un message radio ! Mon Dieu. Je vais y aller, si vous le permettez. Oh, oui, faites vite ! Elle se mit à courir aussi vite que possible. Elle arriva au local radio hors d’haleine. Il ne fallait pas courir comme ça. Trop pressée, elle s’excusa à peine. On ne peut remonter le temps. Elle secoua tristement la tête. Je viens juste d’apprendre la bonne nouvelle.
Ils croisèrent deux hommes qui se hâtaient, portant une civière. Elle avait peur que le choc ne la rende malade. Je ne pense pas que sa vie soit en danger. Cette péronnelle qui est venue l’aidera? C’est Myriam Anderson, une infirmière.

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jeudi 1 septembre 2011

Trois liens

Aux éditions Derrière la salle de bains, on peut se procurer "Le sang du don", un scénario court métrage montrant Donatien Rakula en visite au C.R.T.S. (Centre Régional de Transfusion Sanguine).

Sur le site de Terras (Revue néerlandaise de poésie en ligne), on peut lire (voir) la traduction par Kim Andringa du chapitre 4 de "Mort d'un jardinier" (en attendant peut-être une édition du roman "Dood van een tuinman" aux Pays-Bas).

Sur le site d'Artpool (Hongrie), la photo d'un objet mail art envoyé en 1997 pour un hommage à Marcel Duchamp.

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