jeudi 31 mars 2011

Le lapin mystique (13)



Le lapin mystique


par Lucien Suel

13





Le canif de la Soeur Marianne Pleine de
Foi troue la fibreuse peau pâle et rose
du ventre, ouvrant longitudinalement le
sac de viscères. Les circonvolutions du
système digestif basculent sur l'arc de
la cage thoracique au bord du vide. Les
membranes diaphanes du péritoine filent
une à une. Les perles noires s'égrènent
le long du rectum bleuté. Des doigts se
nouent autour du chapelet coprolithique
tandis que, d'un geste arrondi, la lame
découpe l'anus iridescent du feu lapin.

Le liquide de l'ampoule jaune répandait
un peu de chaleur douce au milieu de la
dévastation générale. Le couteau acheva
de trancher les derniers tuyaux et tout
le paquet dégringola dans la bassine de
métal. Le croassement du corbeau dépeça
la quiétude du ciel. Je scrutai avec un
soin attentif l'intérieur du cadavre, à
la recherche de l'amertume. Sur le plat
diaphragme, pas la moindre trace de son
foie... En s'aidant d'une branchette de
saule, Laure retourna l'amas de boyaux,
au fond de la bassine émaillée. Il nous
fallait nous rendre à l'évidence : sans
foie, il était impossible à ce lapin de
se faire de la bile. Pour Laure et moi,
il y avait là très clairement un fameux
sujet de méditation. Laure détacha avec
une extrême douceur dans les gestes, le
surprenant animal, l'enveloppa dans une
serviette à carreaux violets et blancs,
puis le coucha sur les lattes du garde-
manger dans la chapelle. Je transportai
la bassine jusqu'au bord du fossé et en
vidai le contenu dans l'eau grise. Vers
le ciel, tout un long moment, je perdis
mon regard. L'âme du lapin nageait dans
l'écume blanche des nuages. L'oiseau du
corps, bolide noir, tombait. Je laissai
la bassine vide dans l'herbe au bord du
fossé et en courant, je rejoignis Laure
dans l'oratoire. J'entendais claquer le
plumage noir dans l'air humide du soir.

C'est dans le ruisseau que les matières
s'écoulaient. Par une fente du portail,
j'observais la bande de corvidés qui se
déchiraient les tripailles clapotantes.

Je m'agenouillai, l'oeil collé au trou.

Longuement, je regardai l'effrayant bal
des sombres conirostres qui curaient le
watergang spumescent. Dès l'instant que
le soleil n'était plus qu'une dépouille
sanguinolente sur la crête, je me levai
douloureusement. Une suavité étrangère,
une lourdeur délicieuse, une allégresse
énergique effacèrent peu à peu la morne
ankylose qui imprégnait ma musculature.

Le frottement d'une allumette, le fumet
du phosphore et la palpitation soudaine
de mon ombre sur la porte m'indiquèrent
le chemin. Laure venait d'allumer notre
lanterne à gaz. J'étais dans mon crâne.

Quand je me suis retourné, elle était à
la fenêtre, debout dans sa nudité, dans
l'éclat de sa pauvre chair mortifiée et
candide. Tantus labor non sit cassus...
à suivre...

Tantus labor non sit cassus... Que tant de travaux ne soient pas vains... (extrait du poème Dies Irae).

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 08:27 1 comments

mercredi 30 mars 2011

La technique tout

Extrait de mon poème "Le dernier prophète", consacré à Georges Bernanos. Ce poème a été publié dans le n° 2 de Libertés Cultures (Lille, 1995). Il figurera dans Petite Ourse de la Pauvreté, un prochain recueil à paraître aux éditions du Dernier Télégramme.

[...]
Partout dans le monde, dans le ventre
secret (le coeur !) des réacteurs des
centrales atomiques, les chaînes sont
en action et la désintégration finale
mijote. La période du radio-plutonium
(24000 ans) n'inspire même pas l'idée
d'éternité aux journalistes qui, sans
sourciller, mentionnent l'édification
de sanctuaires destinés à sauvegarder
de telles immondices pour les siècles
des siècles. Le grand soleil de Satan
finira bien par briller sur le monde,
éclairant les aveugles et brûlant les
oreilles des sourds..................
[...]

Libellés : , ,

posted by Lucien Suel at 16:35 0 comments

mardi 29 mars 2011

SOMBRE DUCASSE 12

CHAPITRE VII

LE TÉMOIN.

Vous aussi, vous êtes lésé ! La criminalité & les effectifs de la police... Quoiqu'il en soit, savez-vous que les criminologues admettent que même si votre vie n'a jamais dérobé votre portefeuille, vous êtes lésé par là au fond du problèmea? Les prix que vous payez sont au mépris de la loi avec les employés qui volent les marchands sur le dos des consommateurs. Victime d'un vol, vous pouvez le connaître. Tous les systèmes cupides pâtissent. Or, seul(s) vos impôts sont plus élevés : retranchés de la terre, cela coûte cher. Mais qui est le Diable ? L'Homme... , une solution durable... , main étendue aux ongles longs & sales cachant un sexe blue-jeans. Comment jeter la parole de Dieu ? Est-il impossible d'enrayer davantage de policiers ? Malheur à la terre ! Femme hurlant... main étendue... doigts écartés... Dieu peut la détruire. Renseignez-vous ! Demandez la brochure-réconfort : "Hommes Vides". Pour un avenir assuré et habiter un lieu d'entière confiance, adhérez à l'association "Hommes Vides". Rien d'autre ne peut expliquer la vraie solution qui écrasera bientôt le temps... Voyageur voyou... main dans la poche... sortir une paire de ciseaux ?... Arrive le jour où seront éliminés des millions de personnes ! Dieu peut les détruire rapidement & gratuitement. Death Factory. Écrivez-nous pour "Hommes Vides", demandez la brochure dans les milieux politiques et le système de famille, cinéma & télévision. Mépris de la loi. Cette femme hurlant, sourcils relevés, elle révèle que vous aussi, vous êtes lésé car le Diable est descendu. Mais qui est le Diable ? - une prévision, un avenir assuré ? We're so pretty... Pourquoi est-il impossible d'enrayer les effectifs de la police ? Le Diable étant plus fort que les tribunaux, le système ne peut venir que d'une puissance de famille. Femme hurlant... Trench-coat déboutonné... Vous aussi, vous êtes lésé, même si votre vie n'a jamais été dérobée, les prix que vous payez sont employés sur le dos des consommateurs. Quant aux traîtres, ils seront protégés en restant vigilants. Voyou voyageur... mal rasé... dépeigné... blouson de cuir ouvert... I'm a cliché. Le caractère humain diabolique s'effondre par la criminalité de votre famille & la société lésée se rattrape. Réveillez-vous ! Nous sommes arrivés !

"Le témoin" publié sans titre en novembre 1985 dans le N° 61 de la revue LA POIRE D'ANGOISSE (D. Moulinier, éd.). Sous le titre, "Le satori du mammouth", ce texte a fait l'objet d'une adaptation sonore dans LA LÈPRE ÉLECTRIQUE N° IV (J.P. Bobillot & S. Nève, éd.)

Libellés : , , , ,

posted by Lucien Suel at 08:29 0 comments

lundi 28 mars 2011

Vomi

Libellés : ,

posted by Lucien Suel at 18:16 0 comments

jeudi 24 mars 2011

Le lapin mystique (12)



Le lapin mystique


par Lucien Suel

12





Me voici enfin dans un de ces châteaux,
aux pieds du lapin mystérieux, du géant
céleste, une parodie de glaive dans les
mains. J'ai pincé la peau de son ventre
gris, faufilé ma lame entre le derme et
la chair, montant le long d'une cuisse,
contournant la patte sous le lien, puis
je dégage l'autre cuisse de sa gaine de
fourrure soyeuse. Mes yeux sont baignés
de larmes. Laure s'est approchée de moi
en rampant. Elle se tourne sur le dos à
l'aplomb de la voûte. Le couteau pointu
de la nonne s'agite dans l'entre-jambes
du lapin. Les cuisses roses de l'animal
s'ouvrent sur un vide sanglant. Laure a
levé le bras et m'enlève le couteau des
mains. Maintenant, je saisis la toison.

De toutes mes forces, j'agrippe la robe
et la tire vers le bas. La peau se tend
et roule doucement en se décollant. Les
veines superficielles marbrent la nacre
épidermique. Un doux et tiède parfum de
chair tendre apaise notre esprit. Laure
m'aide à dévêtir notre animale victime.

Ses doigts se mêlent aux miens dans les
poils. La traction de nos mains réunies
achève le déshabillage. Je reprends mon
couteau pour détourer les pattes avant.

L'émotion me saisit une nouvelle fois à
la vision des petites moufles blanches,
ornements délicats autour des moignons.

Un énorme hématome violacé se dévoile à
la place du cou, là où la bouteille fut
assenée. Laure a compris : elle ne tire
plus la dépouille. En douceur, je passe
la lame au ras de la peau pour franchir
cet endroit fragile. La peau est encore
attachée au cadavre par les oreilles et
le museau. Je me souviens du message du
lapin :
"Désormais tu dois prendre soin
de mon honneur, de mes intérêts, de mes
oreilles, et je prendrai soin de vous."


Je fermais les yeux en pensant au passé
proche, à mes blessures, à la prison du
rêve. Le cartilage incisé crissait sous
l'acier. Les oreilles coupées n'étaient
pas visibles, enfermées dans la peau du
lapin. Je pensais à l'iris rougeâtre, à
la blancheur de la porcelaine, au litre
de bière qui avait donné la mort. Cette
conjonction m'apparaissait tragiquement
familière : la bière et la mort, l'iris
et les oreilles coupées et le
vin et le
sang ; seuls manquaient les tournesols.

J'achevai ma tâche en coupant le nez et
les lèvres. La pelisse fourrée du lapin
croula sur le visage de Laure. Je suais
à grosses gouttes. Attirées par l'odeur
de la viande, des mouches bourdonnaient
autour de nous. Laure rejeta son voile.

Elle se dirigea vers le talus et se mit
à arracher de pleines brassées d'herbes
sèches. Ses gestes vifs me fascinaient.

Du porche de la chapelle, gorge serrée,
je filmais les détails de sa silhouette
à demi-nue. Je me rappelais l'uniforme,
l'hôpital, le scialytique, les masques,
l'éther et la chirurgie. Le futur troua
le ciel au-dessus de la chapelle. Quand
Laure enfourna les touffes de foin dans
la peau de lapin, le croassement éploré
du corbeau vrilla mes tympans. La gaine
fourrée n'est plus qu'un tube séchant à
l'abri du soleil, dans un courant d'air
frais. Quelques brins de paille sortent
sous la queue. Des mouches se promènent
sur la surface bleutée et brillante. Je
dois continuer. La vérité sortira de sa
morgue de chair. Sous le cadavre dénudé
du lapin, je glisse la bassine blanche.

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 06:48 0 comments

mercredi 23 mars 2011

Os de limace

posted by Lucien Suel at 07:25 0 comments

mardi 22 mars 2011

SOMBRE DUCASSE 11

CHAPITRE VI

JE NE VIEILLIRAI PAS ENSEMBLE.

Tout doit disparaître. Après-midi de soleil dur, mon regard se fige/fixe dans l'huile de ce bocal pendillant au bout de mes doigts, la main devenue un objet sale au long de ma moelle épinière.
Astre urine, tout si monotone, cette grosse bosse sous l'oreille : un incident stupide, le superflu de ta substance ; "Ah ! Ah ! Ah !" Et moi, scrutant sa main-tranchet prolongée d'acier gris-perle, et l'eau frémissante dans la lessiveuse.
Éveillé... finie la létharpeur ! Ma chaîne de montre libre, le temps perdu, décousu, malvenu. Kronos noyé sous les lances d'arrosage. Où vis-tu ? Galataa? Les mouches, les mouches de Galata, affectueuses, les mouches...
Foules épaisses et glauques dans l'obscurité et les chaleurs. Reins... Glands... Sudoripares... Les premiers hommes découpant une toile jalonnée, salut à vous ! Kronos n'est qu'un leurre pour la simplicité et respecté pour son étonnante inutilité !
Au zinc du comptoir parfumé, les diamants tachés par les camisoles... Des sons de cloches folles (dingues) m'envahissent les rêves drus, crisse l'air rossea! Belle ! Ils répugnent toujours sous les sylphes. Se dirigent-ils vers cette autre impure dévastée de sel et rongée par les busards comme un glaire-glaive détaché & cloué, collé sur les portes des autoroutes torturées par la nuit...
Les rapaces ailleurs m'ont poursuivi dans la rue japonaise brûlante. Rien ne m'est plus agréable que... assise sur son siège de porcelaine, le bord de la cuvette les presse tendrement et éclate partout le vide entassé.
Le temps faiblement exploré sur les bandes magnétiques de Dieu. Juste un reniflement maladif, et toujours dans les os, ce ver avec tous les mots suintants de jus mou et un peu gris... Os foutus dansent...
Soupirs dans un cimetière orangé et dans ses draps, crachat humide sanglant dans le sac d'Athinai. Lèvres doigtent d'ouate lisses avec un œil fixe & noir. Un coq s'enfonce doucement dans la toison du brouillard.
Pleine nuit, pleine mer, image enfantine de crâne rasé, couché sur le pont du Karadeniz, avec un sacré fond de bruits délirants. (tremblements infectés dans la gorge) Le vieux puits comme une auberge. Oh, flocons écrasés de sexe bleu, dans un drap de roseaux noirs. Les crécelles obstinées, savantes. L'âme du navire éclairant ma fumée.
Regarde les oiseaux du jour et de la nuit, perchés sur la corne de ce taureau sombre et vivant. Je découvre les jambes d'un éternel bleu-träkl tendre que je mordille & suce & croque & lave les oiseaux durablement comme le goût de l'herbe dans les lèvres prolongées des minutes.
Rayons X à travers la paille de mes souliers. Qu'ils me soufflent dans les onglesa! Tout le monde en piste ! Clappe les mains ! Mouve your ass ! L'œil ! L'œil ! L'œil ! Place à la joie ! La soirée ne fait que commencer...
Attention, tu exagères comme un gamin. Je suis né le 17 décembre 1948. Chemin faisant, chemin faisant, une croix, une machine à écrire, un gadget qui a des hauts et des bas. Remonte ta culotte maintenant.
Des mots vous martyrisent sur les routes jaunes, agents des gouvernements-zéros, dans les mégaphones alcooliques, dans les déserts d'étrons fumants. Metteurs en scène déments, cravache et color climax hard-core. Encore, encore, encore, encore, crazy lady, le feu dans les cuisses, personne en coulisse, excise le chancre du pouvoir, souffle brûlant sur la peau des mondes, étreinte perçant vos viscères immondes.
Longue taule saillie.
Longue taule saillie.
Longue taule saillie.
Longue taule saillie.
Longue taule saillie.
Longue taule saillie.
Longue taule saillie.
Longue taule saillie.

"Je ne vieillirai pas ensemble" publié en mars 1983 dans le N° 2 de la revue PLAN FIXE (A. Michel & B. Carpe, éd.)

Libellés : , , , ,

posted by Lucien Suel at 06:49 0 comments

lundi 21 mars 2011

Lange déchu

posted by Lucien Suel at 13:34 0 comments

vendredi 18 mars 2011

Le lapin mystique (11)



Le lapin mystique


par Lucien Suel

11





C'est dans le ruisseau que les matières
s'écoulaient, consacrées par une novice
qui avait fait voeu de chasteté sincère
mais temporaire. L'huile noire et tiède
au sortir du carter flottait à présent,
froide et irisée à la surface du fossé,
s'entrelaçant aux tiges de cresson, aux
lianes aquatiques. Une frêle argyronète
patinait entre les grasses auréoles qui
dérivaient au fil de l'eau. Une anodine
bénédiction de la religieuse n'était ni
suffisante, ni même efficace pour figer
l'huile de vidange ou même lui conférer
un début de sanctification. Pourtant je
n'avais rien dit lorsque Soeur Marianne
Pleine de Foi (J'avais lu son nom gravé
dans le plastique du tableau de bord du
véhicule) avait tracé du bout de ma clé
à pipes une croix sur le liquide sombre
qui remplissait la cuvette émaillée. Du
bout de sa sandale, elle avait approché
le récipient au bord du parapet pour le
faire basculer dans le vide en disant :
"Ecce in pace amaritudo mea amarissima.
Iis qui diligunt Deum omnia cooperantur
in bonum." Parfois, je sens le temps et
sa mesure dans une accélération usante.

Je glisse le dos de ma main sur l'os de
mon front et je ferme les yeux : images
dont la gélatine coule à l'intérieur de
ma chambre noire, Soeur Marianne Pleine
de Foi allongée sous le moteur et, figé
dans la contemplation de la bure levée,
cet homme douloureusement tenté, regard
fixe, le liquide tiède qui s'écoule, la
ceinture de cuir souple est une langue,
je la prends dans ma bouche, elle râpe,
elle gratte mon palais, je vomis sur la
cornette poussiéreuse qui s'agite à mes
genoux. Le liquide tiède s'écoula, sucé
par le sable rouge et les forficules en
émoi. Je secoue la tête longuement pour
diluer toutes ces gravures licencieuses
qui polluent mon cerveau laminé. Laure,
sortant de la chapelle, m'appelle. Elle
a un sanglot dans la voix et du sang au
visage. L'oeil du lapin s'est répandu à
l'aplomb de sa chevelure à l'instant de
son passage sous le cadavre du léporidé
dégouttant. Provisoirement, le canif de
la nonne ne m'avait servi qu'à extirper
l'oeil du géant de son orbite dilatable
et rustique. Le filet mince et rosâtre,
maintenant tari, avait formé sur le sol
une petite flaque, analogue à celle que
la voiture avait laissée à la fin de la
vidange. L'huile et le sang se mêlaient
à la poussière. Le temps se dilacérait.

L'ombre du corps, la lumière du rêveur,
l'âme de la mort, la trinité animale et
sainte baignait les alentours. Le lourd
corbeau planait dans l'attente d'un don
venu d'un autre corps vidé. Le maître a
détruit le message roulé dans le flacon
humide. L'esprit du bon lapin se vautre
dans la blancheur des nuages. Doucement
s'engluent mes pieds dans la vase verte
de la tranchée. Je recueille la bassine
émaillée. L'eau encercle ma cheville de
son froid lacet. Je dégage mes pieds en
luttant contre la succion bourbeuse. Le
fond de la cuvette est encore engrumelé
d'une huile lourde et collante quand je
la pose sur la tache de sang caillé. Le
jour commence à baisser. Toujours aussi
légèrement vêtue, Laure s'est tassée au
bord d'une marche près de la dépouille.

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 16:17 0 comments

lundi 14 mars 2011

SOMBRE DUCASSE 10

Intermède quatrième

RÊVÉ POUR L'ÉTÉ

Toi, ouverte au soleil séchant la plage brune,
Sur les roses du sable et le blanc lumineux
Des cuisses océanes, ce Canaan laiteux !
Des algues amollies flottent dans les lagunes.

Tu plies dans le couchant sur le sommet des dunes ;
Ce doigt tendre et glissant tend les corps caverneux
Et la langue lape la peau, lèche le pieu,
Dessale un animal hâbleur de la fortune.

Le parfum marin bu par ce triangle blond
Soufflerait les vagues sur ces fauves poissons.
Des mouettes glacées gravent leurs noms tremblants

Sous l'étoile envapée, déroulée dans le bleu.
Dressant le raide amour avec le fil du vent,
Lèvres rouges rythmant pieusement l'entre-deux...

"Rêvé pour l'été" publié en décembre 1986 dans l'ouvrage collectif ÉROS MUSAGÈTE ou LES PLIS INDISCRETS (Dan & Guy Ferdinande, R. Varlez & F. Favretto éd.)

Libellés : , , , ,

posted by Lucien Suel at 13:37 0 comments

samedi 12 mars 2011

Oreiller de Van Gogh

posted by Lucien Suel at 08:49 4 comments

jeudi 10 mars 2011

Le lapin mystique (10)



Le lapin mystique


par Lucien Suel

10





La ficelle de sisal serpente sur le sol
poussiéreux. Depuis que nous avons vidé
le colis, des flocons de balayures sont
venus se joindre aux fibres rêches. Les
débris retombent doucement quand, ayant
ramassé la corde, je la fais glisser de
bas en haut dans le creux de mon poing.

Je partage la ficelle en deux longueurs
égales en frottant longuement le pli du
milieu contre l'arête coupante du cadre
du vitrail. J'ajoute un noeud coulant à
chaque bout de mes deux liens. J'enfile
les pattes arrière de la dépouille dans
les deux cerclages de ficelle. Je serre
juste au-dessus de l'articulation de la
cheville. J'enlève le corps appareillé,
le portant vers l'entrée de la chapelle
car j'ai besoin de la lumière pour ôter
la fourrure du Géant. Laure repose dans
la pénombre. Le kangourou lui soufflera
son haleine alcoolisée dans la tiédeur,
la mollesse de ses neurones abandonnés.

Que son rêve soit long, doux et fertile
dans l'apaisement retrouvé ! Je mouille
le galbe de mon oeil. Mon coeur vibre à
l'abri de mes côtes. Le sang bouillonne
dans mes narines. Mon souffle creuse la
touffeur des poils du lapin. La couleur
rosée de cette entaille me ramène alors
dans le présent clair et vif. J'arrive,
l'esprit raffermi, sous le porche de la
chapelle, dans la lumière. J'attache le
lapin aux deux battants du portail, une
patte de chaque côté, la tête ballante,
dans l'ouverture entrebâillée. Je cale,
en glissant dessous divers gravats, les
portes entre lesquelles, le lapin mort,
lentement oscille, pattes écartées, nez
pendant à soixante centimètres du seuil
bétonné. Je recule devant l'entrée pour
le regarder. La brise folâtre parmi les
poils de son ventre. Je m'approche pour
lisser la douceur blanche. Je n'ai plus
de couteau. Je l'ai sûrement perdu dans
les prairies, après l'ingestion latine,
quand je courais à travers la campagne,
en déchirant mes vêtements aux barbelés
d'acier, aux ronciers hérissés. Il faut
pourtant que j'écorche, que je vide cet
animal. Déjà, beaucoup de temps a passé
et la peau risque de coller à la chair.

Le bruit d'un moteur s'insinua virulent
dans mon oreille. Je me retournai. Dans
l'enfilade des haies riveraines, levant
derrière elle une brumeuse boursouflure
de poussière rurale, une longue voiture
noire progressait vers moi par à coups.

Elle s'arrêta devant la chapelle. Alors
je la reconnus. Je lui avais caressé le
flanc, il n'y avait pas si longtemps...

Une nonne jeune et souple couverte d'un
vêtement noir serré à la taille par une
large ceinture de cuir marron descendit
de l'automobile. Cent questions étaient
entre mes lèvres. Je n'eus pas le temps
d'émettre un son que, d'une voix suave,
dans une haleine de café réchauffé, les
paroles de la religieuse percutaient ma
surface tympanique : "Loué soit Christ-
Jésus ! Bonjour, monsieur. Je n'ai plus
de clé à pipe de vingt-et-un. Voudriez-
vous m'en prêter une ? La vidange m'est
nécessaire. Je ne peux continuer ainsi.
Le moteur fume. L'huile est noire. Dans
le carter, le démon fulmine. Aidez-moi,
je vous prie !" Elle me souriait, comme
un ange de la route. J'étais idiot. Que
cette religieuse me demande de l'aider,
de trouver la clé qui permette de faire
sa vidange, je n'en revenais pas. Et le
lapin m'attendait toujours. Les mots se
glissèrent entre mes dents : "Oui, bien
sûr, ma Soeur, j'ai une clé de vingt-et
-un. Je vais la chercher mais moi, j'ai
besoin d'un vrai couteau pour dépiauter
mon lapin..." La main de la Soeur coula
dans la vaste poche latérale de l'habit
et en exhiba un canif au manche de bois
verni. Elle me tendit l'outil. Je posai
le couteau sur le ciment nu (mes poches
étaient crevées, mon pantalon troué, et
mon paletot idéal...). L'échange devait
continuer. Je rentrai dans la chapelle,
me courbant pour passer sous la tête du
cadavre écartelé. Laure avait dû ranger
les clés à pipe dans le carton derrière
l'autel après avoir revêtu cette parure
excitante. Je ne voulais pas qu'elle se
réveille. Heureusement, le kangourou de
la temporalité continuait de la bercer.

Clé en main, je ressortis de l'oratoire
sécularisé. La voiture de la religieuse
attendait comme le lapin, l'une la clé,
l'autre le canif, tous deux, la vidange
parfaite, purificatrice et parégorique.

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 07:37 0 comments

mercredi 9 mars 2011

Dinos et harengs

posted by Lucien Suel at 17:05 0 comments

lundi 7 mars 2011

SOMBRE DUCASSE 9

CHAPITRE V

OK, ELLE EXPLOSERA, ÇA DOIT FINIR.

tout un nouvel bureaucrate leggins à lacets c'est tel entrepreneur pinant le visage ronflé des matériaux de l'impossible accepté le happiness des croûtes prix moindre pour ce rêve de mauvaise qualité donc de l'aiguille dans mon usine de chair emporter le marché moisi dans le travail descendant augmentation des cadences sifflant des acides twenty-five tous très intéressants c'est de tous les dingos le rail lumpen le responsable des cordes cherche la cause bop bouffé piètre accident dans bien des cas on aboule accorte la chambre significatoire une combinaison coupée négligence signée invectives & les notables Blue Mosche pire véreuse & lucrative tachant le slip banane composé jusqu'au zéro dévastant tous ordres contre les épissures les pouces vers cette démarche chairs glabres sirotant les gaz homosex elles délimitent une boîte de graves illusions défonce emportant un objet isolé : le transistor-accident
elle est la mort rentrée la mort ventre et pourrait dire la trappe indépendante hésitations qui n'en sont plus que les objets de l'ombre décibels l'accident number one sa cause vocale dans l'achèvement d'un soldat mécanique

culture douve aveugle
tendres fesses
yeux verts
mains chaudes
sur un entre-jambes
de velours
doigts électrifiés
langues
sur une peau de crème mayonnaise
supergirl my supergirl
in dream machine flickerin'

"OK, elle explosera, ça doit finir" publié en août 1981 dans le N° 1 de la revue LE JEU DES TOMBES (Philippe Pissier, éd.)

Libellés : , , , ,

posted by Lucien Suel at 10:24 0 comments

samedi 5 mars 2011

Cadran solaire mou

posted by Lucien Suel at 17:27 0 comments

jeudi 3 mars 2011

Le lapin mystique (9)



Le lapin mystique


par Lucien Suel

9






Un air ancien me trottait dans le crâne
tandis que je suivais des yeux la queue
vibratile du rongeur bondissant.
"Lauda
Sion Salvatorem, lauda ducem et..."
Les
cris de Laure m'arrachèrent à l'hypnose
de la mélopée grégorienne. Je resserrai
ma prise sur le goulot de la bouteille,
secouai vivement la tête en clignant de
l'oeil et me mis en marche dans l'allée
centrale. Là-bas, Laure se débattait en
hurlant. Le lapin géant lui avait sauté
sur le dos et ses pattes antérieures la
griffaient profondément. Il couinait en
ébranlant rythmiquement son arrière. Je
n'avais jamais rien vu de pareil. Je me
penchai et de la main gauche, je saisis
ensemble les pattes postérieures. Je me
redressai vivement en soulevant le gros
rongeur. Son ventre se détacha de Laure
ensanglantée. Un moment, il pédala dans
l'air en croisant les pattes de devant.

Se tordant l'arrière-train, il essayait
de glisser ses pattes de derrière l'une
contre l'autre afin de s'arracher à mon
étreinte, mais mon poing était si serré
autour de ses pattes que je sentais les
os se caresser à travers l'épaisseur de
la fourrure et des chairs. Le lapin fit
encore quelques efforts pour se libérer
en levant la tête mais son propre poids
le paralysait. Après quelques instants,
il ne bougea plus. Seules, ses côtes se
soulevaient légèrement en un silencieux
mouvement doux et rythmé. La pointe des
oreilles effleurait le sol. Je remontai
lentement mon bras afin d'amener le cou
du lapin à bonne hauteur. De toutes mes
forces, j'assenai un coup de bouteille.

La vibration se transmit le long du dos
de lapin jusque dans mon épaule gauche.

Je frappai encore et encore, jusqu'à ce
que le ballottement de la tête du lapin
l'apparente à celui d'un vieux chiffon.

Mes mains s'ouvrirent. Le cadavre et le
litre tombèrent. Laure baissa les yeux,
puis, enjambant le mont de fourrure, se
pressa contre moi. J'entourai ses pâles
épaules nues. Mes doigts caressèrent la
peau ravinée de son dos, s'égarant dans
les stries poisseuses que les griffes y
avaient tracées. Je décodais ce braille
hématique comme un aveugle, touchant du
bout du doigt l'écriture de la douleur,
la douleur de l'écriture. Les larmes de
Laure mouillaient ma nuque. Nos poumons
se gonflaient en cadence dans le soyeux
tabernacle pneumatique de nos poitrines
pressées ensemble, suavité troublante !

Allongée derrière l'autel, Laure repose
sous une légère couverture de drap gris
effrangée. J'ai laissé le cube de savon
à côté du bassin d'émail bleuté. L'eau,
mousseuse et rosie, fume encore un peu.

J'ai nettoyé avec affection les plaies,
léché les éraflures, réchauffé le corps
endolori. Aile d'or, elle est l'or, les
versets antiques bouillonnent à nouveau
sur mes lèvres. Je la berce -
in hymnis
et canticis
. Le Géant des Flandres gît,
vitreux, sur le plancher. Je le regarde
sans plaisir. Je vais m'occuper de lui.

Libellés : , , ,

posted by Lucien Suel at 12:11 0 comments

mardi 1 mars 2011

Silo (57) Patrice Maltaverne

Patrice Maltaverne, Faux Partir
Le Manège du cochon seul, 2009.

Rendez-vous est pris pour enflammer
Ces villes criminelles lorsque le vent
Se dirigera enfin dans notre direction
Délaissant la pauvreté des silos vides
(page 58)

Libellés :

posted by Lucien Suel at 17:44 0 comments