lundi 30 avril 2007

Interview Lucien Suel (5)

Lucien Suel interviewé par Nicolas Tardy , avril 2003 (5/7)

Ton rapport à la lecture publique ? C'est venu assez tard en fait, la première fois que j'ai présenté quelque chose en public - de moi je veux dire - c'était pas une lecture, la première chose que j'ai faite en public c'était une performance, je l'ai faite devant une vingtaine d'amis et je sais que quand j'ai eu terminé j'avais les mains qui tremblaient tellement j'avais eu peur. Ça c'est le premier souvenir que j'ai, c'était en 1988. Après j'ai commencé à lire mes poèmes en public. Ça a commencé à l'époque des premiers poèmes en colonnes justifiées. J'avais été invité par Pierre Ivart à la Maison de la Culture d'Amiens pour présenter ce genre de textes avec Jean-Pierre Bobillot, Sylvie Nève, Pierre Garnier, Ivar Ch'Vavar, Martial Lengellé. C'est fin 88 que j'ai lu mes premiers textes, enfin c'était pas comme je fais maintenant. On était tous assis à une table, il y avait le public en face de nous, on lisait chacun notre tour. Après, j'ai fait pas mal de lectures en public, en solo... La première fois c'était dans un bar à Liévin j'ai assuré pendant 3/4 d'heure. Je peux lire des textes variés dans la mesure où j'écris des textes variés, je peux passer d'un texte dramatique sur la vie de mon grand-père à un texte rigolo, l'histoire de Prose du ver par exemple. Pour ce qu'on appelle maintenant la lecture/poésie-sonore/performance, je pense que la première fois où pour moi c'était vraiment important où j'avais vraiment composé, écrit, fait une sélection de textes, coupé dans les textes, pour que ce soit très sonore, c'était à L'Écrit Parade à Lyon en 1999. J'avais été invité en même temps qu'Ivar Ch'Vavar. La même année j'ai eu une carte blanche au Centre International de Poésie Marseille et depuis ça s'est enchaîné continuellement.
Punk ? J'étais déjà trop vieux au moment du punk [Rires]. Il s'est passé une période entre 73 et 76 c'était le gros ronron, plus rien ne m'intéressait et d'un seul coup en 77, je me suis mis à racheter des 45 T. Il y avait à nouveau une floraison de groupes intéressants qui prenaient les choses en mains eux-mêmes. « On va monter sur scène, on va faire un truc ». J'ai attendu longtemps avant de faire pareil... J'aimais bien cet esprit-là, j'aimais bien le côté cheap, Dada et tout ça. Au plan musical, j'appréciais les punks anglais - anglais surtout -, et américains. En France ce qui m'a intéressé, au moment du mouvement punk, c'est les gens de Bazooka production. J'étais abonné à leur revue Bulletin Périodique. Au point de vue graphique c'était vraiment intéressant. Je les ai d'ailleurs copiés.
Dirais-tu que tu es un poète rock ? Je peux pas dire que je suis un poète rock, non. Je suis un "poète ordinaire de proximité" mais, poète rock, non. Je suis un poète qui fait du rock, ouais, et ça, ça correspond à mes premiers chocs esthétiques. Mais j'ai mis longtemps avant de monter sur la scène et de faire du rock, de faire la rock star avec sa guitare. J'ai commencé j'avais plus de 40 ans, ça m'amusait de commencer une carrière de chanteur de rock à l'âge... Où les autres arrêtent ? Ouais, en gros c'est ça. Ça m'a toujours plu cette idée-là, et j'ai l'intention de continuer tant que je serai capable de monter sur scène. (voir l'article de Sylvain Courtoux dans le n° de Doc(k)s, spécial théorie)
Quand tu fais des concerts, quel rapport tu as avec ce milieu du rock qui est plus jeune que toi ? Vraiment ça se passe très bien. Je me suis rendu compte que j'avais - je voudrais pas être prétentieux - mais comme une petite "aura" dans la scène rock Nord - Pas-de-Calais... parce que [Rires], ils me respectent à cause de mon âge. J'ai des bons rapports avec le milieu. Il y a des groupes, des jeunes groupes qui s'intéressent à ce que je fais, au point de reprendre certains de mes textes, de les interpréter à leur façon. Je continue de fréquenter les milieux rock et rock alternatif à Lille, les lieux et les gens sont intéressants, et je me sens peut-être plus à l'aise pour faire des lectures de poésie dans le cadre des salles de rock que dans les médiathèques. Une des plus grandes émotions que j'ai eue c'est quand j'ai participé à un festival à Villeneuve d'Ascq. Ça s'appelait La nuit à tiroirs. J'étais invité en tant que poète. J'étais en solo et je passais vers 11h du soir après un groupe de rock-fusion. Il y avait 300 jeunes qui étaient là, qui remuaient, qui étaient tout en sueur et on annonce «Ça va être Lucien Suel, poète». Les portes s'ouvrent, presque tout le monde sort, évidemment [Rires]. Ça allait être de la poésie ! Je monte sur scène, je commence ma prestation, j'avais la sono du groupe de rock, le gros truc, jamais j'avais eu ça et alors là en quelques minutes tout le monde est rentré et puis j'entendais les gens qui me criaient «Allez vas-y ! Ouais ! Ouais ! Ouais ! Vas-y ! » et puis ça rythmait en même temps. Je suis descendu, j'ai eu des super-applaudissements et il y avait deux jeunes au pied de la scène « Ouais, c'était bien, viens, viens on te paye un coup. ». Ils m'ont emmené et vraiment j'ai passé un excellent moment. C'était inattendu. C'était inattendu pour eux aussi.
Qu'est-ce que tu avais lu ? Un ensemble, un montage que j'ai utilisé, lu, dans pas mal d'endroits, à partir d'extraits de mes poèmes qui se prêtent bien à la voix. Il y a des extraits du Mastaba d'Augustin Lesage, des extraits d'Orage approchant, qui est un truc qui monte et qui se termine de façon apocalyptique où je hurle à la fin. Tout un montage vraiment construit avec une montée comme dans un concert et à la fin je termine sur le poème Ossuaire et sur Patti Smith que je dis en picard et là à Lille, à Villeneuve d'Ascq c'était super bien reçu. Ça m'est arrivé souvent de faire des rencontres en lecture publique, c'est pourquoi je continue. Maintenant je suis à l'aise je sais que ça marche. Je lis très souvent devant des publics qui sont pas du tout habitués - pour eux la poésie ça reste quelque chose de très scolaire et de très chiant, alors la plupart du temps j'entends cette réaction « Ah bon, on pensait pas que c'était comme ça la poésie ».
T'écris avec en tête cette idée-là ? Jamais. Quand j'écris je ne pense jamais à une lecture publique. La lecture publique ça vient après. Parce que je choisis après dans ce qui est écrit ce qui peut être lu en public. Par contre chaque fois que j'écris je me fais ma lecture à moi, je me lis quasiment chaque texte que j'écris. Il faut que je me le lise à voix haute. C'est comme le truc de Flaubert, "l'épreuve du gueuloir". Je le fais pour une histoire de rythme et puis que ça passe par la bouche, par le corps. Le corps c'est important et j'ai bien retenu ce que Julien Blaine disait, qu'il lisait ses poèmes à voix haute parce qu'il était vivant, parce qu'après il pourrait plus les lire. Donc, je ne pense pas obligatoirement à la lecture publique. Mais si on m'invite à faire une lecture en public, je vais choisir dans les textes. Par exemple, je prends Visions d'un jardin ordinaire, les textes n'ont jamais été écrits pour en faire une lecture publique, mais certains s'y prêtent merveilleusement si on peut dire. Il y en a que j'ai vraiment du plaisir à lire en public, parce qu'ils ont un rythme, ils fonctionnent bien, y a une émotion qui monte. J'ai rencontré un comédien qui avait choisi dans mes textes ceux qu'il désirait lire en public et il a lu des choses que moi je n'aurais jamais imaginé lire en public, alors je les ai repris aussi, et finalement il avait raison, ça marche bien [Rires].
Qu'est ce qui pour toi fait la différence entre une lecture publique et une performance ? Je pense qu'une performance, d'une manière générale, a un côté plus spectaculaire. En soi l'activité de lire en public est quasiment naturelle. Il faut reconnaître que la lecture publique quelquefois on se demande à quoi ça sert, parce que les gens peuvent prendre le bouquin et lire eux-mêmes. C'est par exemple la position d'une personne que je connais. Puis elle a assisté à ma lecture et a compris que ça pouvait apporter quelque chose en plus d'entendre l'auteur lire ses textes. La différence entre lecture publique et performance, pour moi, c'est que la lecture publique est quelque chose d'assez naturel, que je peux faire sur le ton de la conversation, un côté intime. Alors que la performance, c'est plus choquant. Pas forcément dans le sens où on va étriper des poulets ou arroser le public avec du sang ou de la peinture.

Your relation to public reading? It came late. Actually, the first time I presented my work in front of an audience, it was not a reading, it was a performance. I did it in front of 20 friends and I remember finishing it with shivering hands, I was so afraid... This is my first memory of it. It was in 1988. After that, I started to practise public readings of my poems. I was writing and performing my first justified poems. I'd been invited by Pierre Ivart to Amiens (Maison de la Culture) to present this kind of poem with Jean-Pierre Bobillot, Sylvie Nève, Pierre Garnier, Ivar Ch'Vavar and Martial Lengellé. It was at the end of 1988. I read my first poems. Not as I'm doing now. We sat at a long table with people in front of us, everyone reading in turn. After that, I did a lot of public readings, solo... The first time, it was in a bar in Liévin, for 3 quarters of an hour. I can read varied texts, going from a rather dramatic poem based on my grandfather's life, to a funny piece, Prose du Ver, for example. Concerning what you now call sound poetry - performance reading, an important beginning for me was my reading in Lyon at L'écrit-parade in 1999. I was invited with Ivar Ch'Vavar. For this occasion, I'd made a selection of my poems, I made them as "sound" as possible. That same year, I had a free hand at the International Poetry Center in Marseille and since then it has gone on and on.
Punk? I was already too old when it happened. Musically, from 1973 to 1976, it was not an exciting time at all. Nothing really interesting. And suddenly in 1977, I started to buy records again . There was a whole bench of new groups doing their own stuff. "We're gonna get on stage, and do it..." I waited for a long time before I dared to do the same... I agreed with this way of doing, cheap, dada and free. On a musical level, I appreciated the English punks, and the US bands too. In France, I was more interested in graphic productions, especially people like Bazooka Production. I'd subscribed to their Periodic Bulletin. I stole some of their ideas.
Would you say you're a rock poet? I can't say I'm a rock poet. No. I'm just an "ordinary neighbourhood poet". One could say, I'm a poet involved in rock'n roll, yeah, it came from my first aesthetic thrills. But it took me a long time before I jumped on a stage with an electric guitar. I started when I was 40. I liked this idea, starting to become a rocker when most of them... were finishing their career? Yes roughly, it's true. And I intend to go on as long as I'm able to climb on to the stage.
When you're playing gigs, what is your relationship with the youngsters in the rock scene? Really, it's going well. I became aware that I've got - without being a poseur - a bit of an "aura" in the North of France rock scene... May be they respect me because of my age. I've got many friends there. Young people, young bands interested in what I'm doing, some making personal covers of my poems. I still visit alternative places in Lille, they’re interesting people and places. I feel better reading my poetry on a rock stage rather than in a public library. One of my biggest thrills these last years was when I participated in a festival in Villeneuve d'Ascq. It was called A Night of Drawers. I was invited as a poet. I was alone and was scheduled at eleven at night just after a fusion rock band. 300 young people were attending the show. They were dancing, moving, sweating and they heard the annoucement: "And now, it's gonna be Lucien Suel, poet!". The doors opened, almost everybody went out, normal, isn't it?... Poetry! I climbed on to the stage, I began my reading, I had the sound system of the rock band, big sound, never had such a sound, so after a couple of minutes everybody was in and I could hear people shouting at me "Yeah! Go on! Yeah! Go on!" and the beat went on. When I finished I got a lot of big applause and shouting. I came down and two young boys congratulated me: "Yeah, that was super, great, come on, come on, have a drink!" They took me to the bar and I had a wonderful time. It was quite a surprise, quite a surprise for them too. What did you read? A collection of poetry, a set I used to read, in many places, composed of excerpts that work pretty well for the voice. Some excerpts from Le Mastaba d'Augustin Lesage, from Storm Approaching, which is a piece that goes higher and higher and ends in an apocalyptic way with the poet screaming and roaring... It's a real construction with an ongoing crescendo like in a concert. I finished the set with Ossuary and the Patty Smith Poem which I read in Picard. And there in Lille, in Villeneuve d'Ascq, it was very well received. Very often after public readings, I meet interesting people, it's one of the reasons I continue. I'm no longer afraid. I know it works. I often read before people who are not accustomed to it - in their mind poetry is something very schoolish and boring, and mostly, I hear this reaction "Huh yeah, we didn’t think poetry could be like this!"

Do you write with this idea in your mind? Never. When I write, I never think of a public reading. Public reading comes after. Because I choose among my written stuff what can be read on stage. However every time I write, I need to make my own reading for me, I read in a loud voice everything I write. Just like Flaubert used to do... I practice like this for a question of rhythm, it has to pass through the mouth, through my body. The body is very important. I learned that from Julien Blaine who said he reads his poems aloud because he is alive, because a day will come when he can no longer do it. So I don't think of a public reading each time I write. But if I'm invited for a reading, I take the time to choose. For example, in my book "Visions of an Ordinary Garden", the poems were never written with the idea of a public reading but some of them work wonderfully for that purpose. I take a great pleasure in reading them to an audience. There's a rhythm in it, a feeling... I met an actor who chose some of my poems for a reading and finally he read some poems I'd never thought of reading in public myself. I tried after him and he was right... It works.
For you what makes the difference between performance and public reading? In a general manner I think that performance is more of a show. In itself, the fact of reading in front of an audience is something natural. I must say that often you may wonder what is the point of public reading. After all people can pick up the book and read it at home. I know a person who used to think this way but after having heard my reading she admitted that hearing the author reading could add something important. The main difference between performance and public reading of poetry is that public readings can be done in a conversational tone, on a rather intimate level whereas performance is often more shocking. Not necessarily in the sense that you're gonna draw chicken or pour blood or paint on the audience...

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jeudi 26 avril 2007

Archives de la Station Underground (4)

Lucien Suel
"Itinéraire" est un poème mêlant justification, acrostiche, télostiche et homophonie approximative.
Ce poème a été publié dans la revue Hypercourt n° 6 en juin 2006.

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mardi 24 avril 2007

Interview Lucien Suel (4)

Lucien Suel interviewé par Nicolas Tardy , avril 2003 (4/7)
Hasard ? Je reviens à ce que je disais au niveau du temps, mon rapport avec le temps. Je peux dire la même chose, que le hasard n'existe pas ou existe très peu. Je ne crois pas à une prédestination, mais les choses qui arrivent devaient arriver. C'est pas non plus de la fatalité. Il y a des choses sur mon tableau, en face de moi. Il y a forcément des lignes qui doivent se croiser et des choses qui doivent se passer. On peut appeler ça le hasard ou la providence ou alors l'organisation du chaos. Ce que je n'aime pas c'est de tout mettre sur le dos du hasard parce que j'aime bien contrôler les choses. J'aime pas l'idée que les choses arrivent comme ça, accidentellement.
Pourtant il y a l'aspect "mots tirés du chapeau" de certains de tes travaux ? Oui d'accord, il y a un aspect loterie, mais c'est moi qui ai mis les mots dans le chapeau, je les ai découpés dans des supports que j'ai choisis. Il y a une part de jeu, c'est plutôt du jeu que du hasard. Du jeu comme dans des engrenages il peut y avoir un peu de jeu. En fait le hasard ça pourrait être la part de liberté.
Savoir faire ? Savoir. Faire. Savoir faire. [Rires]. En gros c'est ça. Mais je trouve que c'est une très bonne démarche. J'ai tendance à inverser les choses parce que parfois, mon savoir vient après. Je le fais donc je sais. J'ai oublié la quatrième chose : Faire savoir ! La partie communication, après.
Ton rapport à la narration ? Puisque je ne veux me priver de rien, je ne veux pas me priver non plus de raconter des histoires, et les gens aiment bien qu'on leur raconte des histoires. Même si je peux faire des trucs complètement éclatés ou destroy, je peux aussi raconter une histoire avec un début, un suspense, une fin, un éclat de rire général ou une larme à la fin. Je peux faire ça, parce que je ne vois pas pourquoi, si j'arrive à le faire, je ne le ferais pas. J'aime bien qu'on me sollicite. Si on me dit « Bon, Lucien est-ce que tu pourrais pas nous écrire un truc sur tel sujet ? », j'adore ça qu'on me demande de faire les choses, en plus si on me le demande c'est que ça doit être utile, alors je le fais, tu vois ? Donc c'est comme ça que je suis amené à écrire des histoires ou des nouvelles. C'est parce qu'on me les a demandées et que ça fonctionnait bien. Il y en a même certaines que j'utilise en lecture publique. Donc certaines m'ont été suggérées et d'autres... bon il m'arrive d'avoir de l'imagination [Rires] et j'en écris spontanément quand même. Mais j'aime bien l'idée qu'on me demande d'écrire des petites nouvelles. Jusqu'à présent je n'ai pas encore écrit de roman "classique" avec une intrigue, un roman de 250 pages. J'ai pas encore fait ça, peut-être je le ferai [Rires].
Comment l'écriture justifiée est-elle apparue dans ton travail ? Est-ce que c'est une réaction au cut-up, au ready-made, ou c'est juste une autre facette ? L'écriture justifiée, c'est très simple, c'est uniquement à cause d'un problème technique. Quand j'éditais la revue The Starscrewer, je la faisais avec les moyens du bord. Je n'ai jamais voulu dépenser l'argent du ménage pour mes activités artistiques et littéraires, donc je la mettais en pages moi-même avec ma vieille Underwood et je me suis dit «Bon, il y a des belles revues, c'est justifié à droite, à gauche. Comment je peux faire pour taper mes textes de cette façon-là ? ». J'ai commencé à taper les textes que j'avais, par exemple des textes de Burroughs que j'avais traduits. Je voulais les aligner. Je tapais le texte une première fois et puis je regardais... Et après je retapais le texte une deuxième fois en gérant mes modifications d'espacements. C'était avant les ordinateurs, n'est-ce pas [Rires] ! Je publiais également certains de mes textes et je me suis dit : «Mais pour ne plus avoir à les taper deux fois j'ai qu'à essayer de taper directement le nombre exact de signes pour chaque ligne» et sans blaguer, c'est comme ça que j'ai commencé à écrire en écriture justifiée. Après je me suis rendu compte que c'était vraiment une contrainte d'écriture mais qu'en même temps c'était très intéressant parce que ça m'obligeait à faire des modifications, de la réécriture, ça m'obligeait à travailler. Et puis petit à petit j'en ai fait un système, je me suis amusé, j'ai fait des textes en forme de triangle ou en forme de sablier pour certains projets... Il y a plein de possibilités une fois qu'on a commencé à compter les signes typographiques et puis j'ai toujours aimé le calcul, les nombres. Le nombre et le mot, c'est pareil, c'est toujours un peu mystérieux. L'apparition de l'écriture justifiée c'est vraiment tout con, au départ c'est un truc pour faire joli sur la page, puis je me suis rendu compte des possibilités que ça offrait et c'est seulement après - à l'époque j'ignorais complètement l'existence de ce machin qui s'appelle l'OULIPO - que j'ai appris qu'il y avait des gens qui écrivaient comme ça avec des contraintes précises, quelquefois très drôles ou très compliquées. Je m'en suis rendu compte parce que plusieurs fois on m'a demandé «Est-ce que vous connaissez les travaux de l'OULIPO ?». Mais pour moi c'était différent, en fait, j'aimais bien l'aspect visuel du bloc de texte sur la page, c'était bien rangé.
Cette contrainte est venue de la pratique et non pas d'une théorie, ça c'est quelque chose qu'on retrouve souvent chez toi. Je ne suis pas un théoricien. Je ne peux même pas théoriser sur ce que je fais, mis à part parler de principe d'autonomie, d'appréhension du monde, tout ça oui d'accord, tout ça c'est bateau. Je n'ai pas la formation non plus pour théoriser. Donc tout vient de la pratique et la plupart des découvertes je les ai faites en travaillant, ce sont des "erreurs". C'est la même chose pour tous les travaux que j'ai accomplis dans la construction, c'est en faisant, c'est en se trompant ou en faisant par hasard que l'on réutilise après. Quand j'ai découvert les trucs du Poème express ou bien les petits Poèmes boutures, c'était comme ça des papiers qui traînent sur mon bureau, il y a des assemblages qui se font et puis d'un coup, le déclic. On dit : «Tiens je vais le refaire», voilà. La théorie vient toujours après, c'est l'action d'abord.

Chance? Going back to what I said about time, the way I cope with it. I can say the same thing, chance doesn't exist or hardly. I don't believe in predestination, but things that had to happen, happen... This is not chance. There are things in my frame, in front of me. And, of course, lines have to cross and things have to happen. You can call it chance or providence or the organisation of chaos. What I don't like is to put everything under the hand of fate because I need to control things. I don't like that idea of things happening like this, by accident.
Though, there is this: "words out of the hat" idea in some of your works. Yes, OK, but I did put the words in the hat, I chose them and I cut them up. This is partly a game, it's more a game than chance. Actually chance is a finger in the freedom pie.
Know-how? To know. To do. To know how to do. Roughly, that's it. I think it's a good way of doing things. But I tend to do it the reverse way because sometimes I know afterwards. I do it, then I know.
What about narration? As I don't want to deprive myself of anything, I want to tell stories too, people like to be told stories. Even if I can produce totally destructured writings, I know how to write a story with a beginning, middle and an end with a burst of laughter or a tear in the eye. I can do that, I can't find a reason for not doing it if I am able to do it. I like to be asked. Someone says: "Hey, Lucien, would you like to write something about this or that?" I like that, to be asked to do things. What’s more, if somebody asks it to me, it must be useful, so, I begin to work. This is the way I've been led to write tales or short stories. That's because I've been asked to do it and it works. Some of them, I even read in front of an audience. So, for some stories, I've been influenced, for others, hey, sometimes, I've got an imagination, you know... Anyway, I can also write in a spontaneous way. But I like this idea of a command for short stories. Till now, I haven't yet written a standard novel of 250 pages with a plot, maybe some day, I'll do it.
How did justified writing appear in your work? Is it a way of reacting to cut ups, to ready-mades, or is it just another side of your work? Justified writing, yes it's simple, it appeared just because of a technical problem. When I was the publisher of The Starscrewer, I used to do it, drawing upon my own resources. I didn’t want to spend the family money on my literary and artistic activities, so I did the layout on my old Underwood typewriter and I said to myself: "Huh, there are these beautiful magazines, it's all typed blocks, justified to the left, to the right. How can I type this way?" I began to type, for example an essay just translated from Burroughs. I wanted to get equal lines. So I typed the text once and I had a look... Then I typed it again adding spaces. This was long ago, before personal computers, you know! I was publishing some of my own writings too and I thought: "If I don't want to type it twice, I just have to write directly the right number of signs for every line." And, no kidding, this is how I started this justified poetry. I became aware of the interest of such a constraint. I was obliged to modify, to re-write, to move fragments. I was obliged to work. Then gradually, I built a system from it. I enjoyed myself, writing poems, triangle-shaped or hourglass-shaped. There are a lot of possibilities once you begin to count the typographic signs and of course I'd always liked numbers. There is an identity between numbers and words, it's always a bit mysterious. So you see the way I introduced this justified writing, it was quite stupid from the start, only something to get a "nice" page and after a while, it became really important, it helped me to produce many poems. At that time, I hadn't heard of the OULIPO. I didn’t know that some writers used various constraints, sometimes funny, sometimes complicated. I became aware of this when several times, people asked me "Do you know the Oulipo's works?" But for me it was different. I enjoyed seeing these blocks of text on the page, very tidy...

This constraint coming from practice, not from theory, that's something one can find very often in your work. I'm not a theoretician. I can't even theorize upon what I'm doing, except maybe talking about autonomy, an understanding of the world, that sort of thing, ok, it's quite simple. Anyway I haven't get the grounds to theorize. So everything comes from practice and the main part of my findings came to existence through my work. There are "mistakes". The same thing happened when I was building my house. It's by making, by mistaking or doing by chance, that I can later re-use parts of what I've found. When I found the Express Poem or the small Slip Poems, it was this way, bits of paper, clips on my desk, some got together and suddenly, an illumination! So you say "I'm gonna do this again". Theory always comes after. Action first.

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lundi 23 avril 2007

Archives de la Station Underground (3)

Quatre poèmes trouvés :


1. Histoire de l'art


2. Histoire de lard



3. Le rimbaudphone



4. La rime








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jeudi 19 avril 2007

Interview Lucien Suel (3)

Lucien Suel interviewé par Nicolas Tardy , avril 2003 (3/7)

Quels sont les rapports et proportions entre textes écrits et textes trouvés dans ton travail ? Les textes que j'écris, c’est-à-dire les créations qui sortent de mon cerveau [Rires] ou les textes trouvés que je publie sous mon nom, c'est cela que tu veux dire ? Oui. J'écris beaucoup plus de textes "d'imagination", "de création". Je suis comme la plupart des gens qui écrivent, je publie des choses que j'écris, qui viennent de mon travail, mais j'ai toujours voulu garder ce côté de détournement, de moquerie. C'est de la moquerie d'utiliser, de détourner, des prospectus par exemple. Mais c'est aussi le côté poésie, vraiment poésie dans le sens : «Je peux trouver de la poésie, c'est une question d'exercice, d'exercer son œil». Il y a les textes qu'on écrit et il y a les textes trouvés mais finalement ce sont tous ceux qu'on lit, c'est la lecture et l'écriture et tous les textes qu'on lit sont finalement des textes trouvés. Maintenant on n'est pas obligé de se les approprier et tout gosse, j'ai toujours pensé que les textes - ce qui était écrit - c'était obligatoirement important. Donc même tout gosse, je lisais tout - je continue d'ailleurs -, si mes parents me disaient «On n'a pas le droit de lire à table», je continuais, je lisais les étiquettes des bouteilles de bière, je lisais les étiquettes des boîtes, parce que pour moi si c'était écrit c'est que c'était important, donc je continue ça et en même temps là je m'amuse avec, je peux détourner, je peux mixer, ça fait partie du jeu de collage et c'est une façon de m'approprier les textes.
Ce qui à mon sens caractérise ton travail c'est la transformation permanente. Il y a des changements de format dans les poèmes visuels, des changements d'état aussi : des originaux en couleurs qui vont devenir des photocopies noir et blanc, qui vont être réduites pour rentrer dans une Moue de Veau, une phrase découpée qui va rentrer dans un texte plus long, changer de contexte. Je pense notamment à L'envers du confort où tu as intégré - entre autres - des caviardages. Ça si tu veux c'est mon côté "sens de l'économie", en fait je ne me résous pas à jeter les choses et à les faire disparaître. Je me balade en ville et je vois quelque chose, une vis ou un boulon par terre, je le ramasse parce que je me dis ça peut servir, ça a un côté un peu bête et c'est la même chose avec mes propres textes. Si je vois l'occasion de les réutiliser dans un autre cadre, je n'hésite pas et en même temps ça produit des effets intéressants, en changeant de support, en changeant de format. C'est surtout cette idée de ne pas gaspiller. Bon, c'est un peu ridicule dans la mesure où la plupart du temps il s'agit de textes qui de toutes façons auraient fini à la poubelle, mais je les sauve, je leur redonne une nouvelle vie.
Protection de l'environnement textuel ? Oui je fais attention même aux déchets de textes. Je crois que c'est parce que j'accorde énormément d'importance à ce qu'on nomme le verbe, la parole. Il y a un côté magique là-dedans et même un mot, un mot seul, découpé dans un bouquin complètement débile, peut prendre de la valeur. Il a de la valeur pour moi.
Pas de cloisonnement entre littérature et paralittératures ? C'est cela, en fait j'aime pas trop l'idée de faire des hiérarchies. Entre toutes mes activités, je ne fais pas de hiérarchies. Il y a des choses que je préfère, bien sûr. Mais tout cela c'est dans le courant de la vie, c'est ce que j'écris, ce que je colle, ce que je récupère, ce que je cultive si je veux parler de mon jardin, ou ce que je bâtis en parlant de ma maison. Tout cela c'est de la création et c'est exprimer la vie qui est en moi. Donc je ne hiérarchise pas ces choses-là et puis maintenant à l'intérieur de "l'œuvre" j'ai plusieurs registres. Je peux être dans le registre de la dérision, de l'ironie à la rigueur, mais je peux aussi être dans le registre de l'émotion, de la beauté, et tout ça cohabite en moi et je m'en arrange parfaitement, ça me convient. En fait je ne veux me priver de rien et je ne veux pas renier même des choses de mon enfance ou de mon adolescence ou bien les choses que j'ai faites il y a 10 ans ou il y a 5 ans. Je garde tout, je ne rejette rien de ce que j'ai fait. Je sais qu'il y a des choses que j'ai faites qui sont complètement nulles, mais j'assume tout, enfin j'essaye. Je ne sais pas si j'ai raison mais je le sens comme cela. Je ne veux rien détruire. En fait ça fait partie de moi, c'est en rapport avec ma conception du temps. J'ai pas trop la notion du temps, je peux parler de mes premiers chocs artistiques parce que j'ai bien conscience qu'il y a eu ça ou ça mais en même temps tout cela est toujours présent, c'est toujours là. Je peux essayer de m'éloigner un peu et d'avoir une vue sur ma vie. J'essaye de voir tout comme un tableau, tout est en même temps sur le tableau. C'est un peu ça ma conception du temps.
Il n'y a pas de périodes creuses ? Non pas vraiment, parce que je peux me remettre à faire des choses que je faisais il y a une vingtaine d'années. Je refais des Dessins idiots, mais ils ne sont pas très éloignés de ce que je faisais il y a 20 ans, je refais des cut-ups de temps en temps. Tout ce que je découvre de nouveau, parce que je continue aussi à découvrir de nouvelles choses, soit par mes rencontres, soit par mes lectures eh bien j'intègre tout cela au fur et à mesure et ça se rajoute.

In your work, what is the proportion between your written (composed) texts and the found ones? My written texts, you mean the ones that come out of my brain and the found texts that I sign with my name?
Yes. I write a lot more texts in a fictional or a creative way. I'm like most writers, I publish the things I write, coming from my work, but I’ve always wanted to keep that part of mockery, perverting different material. I can call it mockery to use, to pervert prospectuses for example. But it's also poetry, real poetry in that sense: "I can find some poetry, it's just a matter of practice, having a trained eye". There are the written texts and the found texts but finally they are all for reading, it's all reading and writing, so every text you shall read is a found one. But of course you're not obliged to take possession of them. When I was a kid, I thought at once that everything that was written was very important. So, even as a kid, I read everything -I still go on - if my parents told me: "You're not allowed to read while eating. ", I would still go on, reading the labels on the beer bottles, the labels on the tin cans, because for me, if it is written or printed, it's important. So I go on in this way and at the same time, I play with it, I pervert it, I can mix it, it's all part of the collage game and it's a way to appropriate the texts for myself.
For me, what characterizes your work is this permanent transformation. You can change the dimensions in your visual poems, you can change the condition too: an original in colour becomes a black and white copy, which is gonna be reduced in a Moue de Veau, a cut sentence integrates a longer text, changing context. I’m thinking especially about L'envers du confort in which you integrated - among other items - your blocked-out pages. Yes, that is, if you want, my "thriftiness". In fact, I am unable to throw things away and get rid of them. I go for a walk and I see something on the ground, a screw or a bolt, I pick it up,I think it might come in handy, it may sound stupid but I do the same thing with my texts. If I get the opportunity to re-use them in another context, I don't hesitate and very often this attitude leads to interestings effects, changing the frame, the support. The main reason is not to waste. OK it's a bit ridiculous, given fact that most of these texts would have finished in the dustbin, but I save them, I give them a new birth, a new life.
Textual environmental protection? Yes I take care even of the scraps. I think it's because I pay a lot of attention to the word. There is some magic in it and a single word, picked up from a stupid novel, can be valuable.
No wall between literature and paraliterature? Yes that's it. Actually, I don't like that idea of creating hierarchy. Between all my activities, no hierachy. Of course there are things I do like better. But it's in the stream of life, it's what I write, what I glue, what I recycle, what I crop in my garden or what I build, talking about my house. I don't put things on a scale and inside my "work", I've got different styles. It can be derision, irony, harshness, it can be emotion, beauty... All that lives together in me and fits me perfectly. Actually, I don't want to be deprived of anything and I don't want to deny anything even childish or teenage things or what I did 10 or 15 years ago. I keep it all, I don't reject anything of what I did. I am aware of the fact that some of my productions are worthless, but I take that upon myself, at least, I try. I don't know if I'm right but I feel it that way. I don't want to destroy anything. It's all part of me, it has to deal with my conception of time. I'm not very conscious of time, I can talk about my first artistic thrills because I know I've experienced this or that but at the same time everything is always present, it's there forever. I can try to stand a little further away and get an open view of my life. I try to catch it in a frame. Everything is in the frame at the same time. This is in a way my conception of time.
No slack periods? No, not really, because I can start again and again, doing things I used to do years ago. I started again making stupid drawings, not far from how they used to be 20 years ago. From time to time, I re-use the cut-up thing. And every new idea, for I can go on finding new things, through my encounters, my readings, yes all this new stuff is integrated in my way of doing.


suite Interview 4

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mercredi 18 avril 2007

Archives de la Station Underground (2)

Collage inédit (L. Suel 1975)

Mail art 1997 , projet Art Pool, Monument Square, Budapest


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lundi 16 avril 2007

Interview Lucien Suel (2)

Lucien Suel interviewé par Nicolas Tardy , avril 2003 (2/7)

À quel moment sont arrivés les premiers travaux visuels ? En fait les travaux visuels sont arrivés à peu près à la même époque, c'est lié au collage. Curieusement, je crois que j'ai commencé à faire des collages sonores avant de passer aux collages visuels, mais les premiers collages visuels, je m'en souviens, c'est 1975.
Tu écrivais déjà ? J'écris depuis très très longtemps mais en faire une activité importante ça a commencé à peu près à la même époque. Tout cela vient d'un ensemble d'influences. En même temps qu'il y a eu le choc Lautréamont, puis le choc Burroughs, Kerouac, Beat Generation, Céline - Voyage au bout de la nuit, c'est quelque chose que j'ai découvert en même temps -, j'ai commencé à écrire et d'une certaine façon c'est les gens comme Kerouac avec ce qu'il appelait "la prose bop spontanée" qui m'ont incité à me lancer davantage dans l'écriture. Mais quand j'ai commencé, j'ai jamais pensé que ça pourrait être publié. Tout cela est arrivé quasiment en même temps et assez rapidement j'ai mêlé les différentes formes d'expressions, en particulier l'écriture dans laquelle j'expérimentais le cut-up.
Là c'étaient des cut-ups de tes textes ? De mes textes.
Pas des cut-ups de prélèvements ? Non, non, j'écrivais et après je faisais des cut-ups avec mes textes. Après j'ai fait des détournements. Il y avait aussi la découverte des Situationnistes et de là, l'idée de détournement. Tout cela pour moi est apparu en même temps. Dans mon esprit tout s'est télescopé, aussi bien Lautréamont que Dada que Burroughs, c'est cela qui était très excitant. C'est à l'époque où l'inflation publicitaire, le médiatique, a démarré et je réagissais par rapport à ça. Je lutte contre ces trucs-là en les détournant, en me foutant d'eux et en les détruisant. À l'époque je me faisais davantage d'illusions. Ça me faisait toujours plaisir d'utiliser ma liberté et mon autonomie pour montrer que moi au moins, je résistais au discours, je le détruisais et le ridiculisais. Avec Josiane - ma femme - on a fait des montages sonores où on s'amusait à massacrer les discours du Président de la République.
Mode(s) d'emploi(s) ? Un mode d'emploi est souvent un très beau poème ready-made, ils font aussi de très beaux poèmes à détourner.
Ton arrivée dans le monde du Mail Art tout de suite dans la foulée ? Un peu après en fait. Le Mail Art pour moi c'est arrivé pile, parce que j'avais fait ces expérimentations en solo sans savoir ce qui se passait. Mes influences étaient vraiment extérieures dans le temps et dans l'espace, surtout dans le temps. Et puis d'un seul coup, je me suis rendu compte que sur la planète il y avait plein de gens qui faisaient ce genre de choses, qui fabriquaient leurs cassettes chez eux, de l'art sans prétention, et qui se l'échangeaient comme ceci. Ça tombait bien parce que j'avais plein d'idées et j'expérimentais des choses. Je pouvais les envoyer à droite à gauche et ça tournait plus en rond dans mon petit circuit. Ça c'était important d'autant que je vivais - encore maintenant - dans un endroit assez isolé et la poste m'ouvrait le monde. J'avais édité une revue littéraire (The Starscrewer) et par échange avec la revue Doc(k)s, j'ai découvert le Mail Art, en 78. Après, l'influence elle vient des gens, des compagnons.
Comment vois-tu l'évolution du Mail Art ?
Je ne sais pas si je peux parler du Mail Art dans un sens général mais je peux en parler pour moi. Il y a eu une période de découverte, d'adolescence, un peu "chien fou". On participe à tout et puis après on sélectionne, on fait des rencontres et on approfondit des correspondances avec des individus et puis après, petit à petit, ça change de forme, ça devient davantage des relations d'amitié. Il y a encore un côté création, mais c'est tout à fait différent. Pour moi ça en est arrivé là. Je ne fais plus beaucoup de Mail Art au sens où je le faisais dans les années 80. Maintenant, si je veux avoir un regard extérieur sur le Mail Art, si j'observe ce qui se passe, je crois que c'est moins intéressant qu'avant parce que ceux qui font du Mail Art ne respectent plus - ça paraît idiot de dire ça - les règles, des règles non écrites liées à l'échange. Quand tu participais à une expo de Mail Art, tu savais que tu aurais un catalogue ou au moins tu serais averti des dates de l'exposition. Il y a beaucoup de choses qui se font actuellement dans le Mail Art, mais tu ne sais même pas ce que devient ce que tu envoies, y a plus de retour, y a quasiment plus de catalogues. Quelquefois tu reçois une vague liste où il y a même plus les adresses. Avant, le fait de publier les adresses ça faisait boule-de-neige. En plus je constate qu'il y a maintenant beaucoup d'institutions officielles qui lancent des projets Mail Art, donc le Mail Art en tant que phénomène de contre-culture... Maintenant j'écris d'avantage et je me suis mis à éditer, ce qui fait que j'ai beaucoup moins de temps pour le Mail Art.

When did you begin to work on visuals? Oh visual poetry arrrived at the same time. Everything had to do with collage. I really started to make sound collages before making visual collages. But as far as I can remember my first visual collages were in 1975.
Were you already writing poetry? I'd been writing for a long long time, but it became really important at this very moment. All this came from many directions: Lautréamont, then Burroughs, Kerouac, the Beats, Céline - Voyage au Bout de la Nuit, I discovered all this at the same time - I started to write a lot and for exemple, someone like Kerouac, with what he called "spontaneous bop writing" that's what encouraged me to go deeper and deeper into the writing thing. But I never thought of having it published. Yes it all happened suddenly, and soon I was mixing different means of expression, particularly in writing, experimenting with cut-ups...
So, you cut up your own texts? Yes my own texts.

No samplers? No no I wrote and after that I cut up my own paragraphs. Then I began to bend texts different ways like the Situationists did. All this came to me at the same time. Everything crumpled up in my mind, Lautréamont and Dada and Burroughs, it was very exciting. It was the time when advertising inflation and media hype started, and I was reacting against it. I struggled against it by twisting it, fooling with it or destroying it. I was still living in a fool's paradise. But I was at least very pleased to use my freedom and my autonomy to show that I was able to resist to the overriding discourse, to destroy and to deceive it. With my wife Josiane, we made sound collages using the speeches of the President, and really enjoyed slaughtering his sentences.
Direction(s) for use? Yes, directions for use, they’re very often a good ready-made poem. Or beautiful poems to twist.
Your arrival in the Mail Art Network happened at the same time? Shortly afterwards. For me, Mail Art arrived at the right time, because I had done all these experiments in a solo way, not knowing exactly what was happening outside. My influences were mostly external in time and space, especially in time. And all of a sudden, I became aware of the fact, that on this planet, many people were doing these sorts of things, making home-made cassettes, art without pretention, and swapping them. It was perfect for me because I had many ideas and I was experimenting a lot. I was able to send my products here or there, and I was no longer turning around in my own small circle. It was very important because I was living - as I still do now - in a very isolated place and Mail Art was opening the world to me. I'd published a small mag (The Starscrewer) and by exchanging it with Doc(k)s, I met Mail Art, in 1978. After that, influences went on, coming from people, from friends...
How do you see Mail Art evolving to-day? I don't know if I can talk about Mait Art in a general way, but I can give my point of view. First I had a period of discovery, like a teenager, a little bit "crazy". I participated in all the exhibitions, all the projects. After that, you choose, you meet people, you can go deeper with some individuals and gradually, forms change and friendly relationships develop. There is still a creative side, but it's very different. For me it's like this now. I am no longer doing Mail Art in the same way I used to do it in the eighties. If I say something general about Mail Art now, I should say it's not so interesting as before because many people doing Mail Art have no respect for the rules - yes I know it's silly talking about rules - the unwritten rules linked to the exchange. When you participated to a Mail Art Exhibit, you knew that you'd get a catalog or at least that you'd get the information about dates and the place of the exhibition. Many things are still organised in the Mail Art domain, but you don't even know what happens to what you‘ve sent. No receipt, no catalogs. Sometimes you're happy enough to get a vague list of names without addresses. Formerly, when publishing the addresses of the participants you could get a snowball effect. I now see official institutions organizing mail art projects, what about the countercultural aspect!
So now I write more and more and I’ve started desktop publishing, so I have got less time for Mail Art.


la suite : Interview 3

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dimanche 15 avril 2007

Archives de la Station Underground (1)

Une page du dossier du Magazine Littéraire consacré à la Beat Generation (1967), article de François Bott.
Page 2 (maquette) de mon premier numéro de Starscrewer paru en janvier 1978 quelques mois après la mort d'Elvis Presley.

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vendredi 13 avril 2007

Interview Lucien Suel (1)

Il y a tout juste 4 ans, en avril 2003, à La Tiremande, j’ai répondu aux questions de Nicolas Tardy. Cet entretien devait figurer dans un ouvrage qui pour diverses raisons n’a pas vu le jour. Voici, faite par Nicolas Tardy, la transcription intégrale (découpée en sept épisodes) de cet entretien, à quoi j’ajoute ma traduction en anglais (traduction supervisée par Ian Monk que je remercie).
Lucien Suel interviewé par Nicolas Tardy (1/7)
Tes premiers chocs artistiques ? Ça ne remonte pas à mon enfance car je n'ai pas été confronté à l'art dans mon enfance ou je m'en souviens pas. Je crois que mon premier choc artistique c'est quand j'ai entendu Elvis Presley chanter Jailhouse Rock. Après ça a été les premiers disques des Beatles et des Stones, j'avais 15 ou 16 ans. C'est ça mes premiers chocs artistiques. Avant j'ai découvert la lecture mais ça n'a jamais été des chocs, ça c'est fait graduellement. Recevoir d'un coup dans les oreilles Jailhouse Rock ou She loves you, Satisfaction, ça pour moi c'étaient des chocs !
Premier choc littéraire ? Le bouquin qui m'a vraiment choqué, ça c'est très clair dans mon souvenir, c'est Les Chants de Maldoror. Je vois encore l'endroit où j'ai lu ce livre et je me souviens qu'après l'avoir lu quasiment d'une traite, je suis sorti dans le jardin et j'ai fait le tour de la maison 2 ou 3 fois pour me remettre un peu parce que ça me paraissait vraiment... ça m'a vraiment choqué, troublé, causé une grosse émotion.
Ça t'a donné envie d'écrire ? Ça m'a pas donné envie d'écrire. C'est surtout que j'ai pris conscience qu'on pouvait avec un écrit produire ce genre de choc et j'étais un peu jaloux de ça. Ça m'a montré la force de l'écriture que je n'avais jamais ressentie avant à ce point-là. Ça produisait presque un effet physique sur moi de lire certains passages des Chants de Maldoror. Là j'étais plus âgé, j'avais 18 ou 19 ans, c'est pas précoce, c'est sûr ! Ça venait de paraître en livre de poche, avant c'était mythique, on en avait entendu parler mais c'était difficile à trouver.
Premier choc visuel ? L'aspect plus courant du choc artistique, j'en ai eu 2. D'abord le Musée Van Gogh à Amsterdam et puis l'expo Schwitters (à Beaubourg), mais c'est plus récent. Il y a des images qui m'ont troublé mais c'est des trucs de gosse, d'adolescent, des images dans Le Petit Larousse Illustré, mais c'est pas des chocs ! J'ai pu prendre conscience aussi de la puissance de l'image, de ce que l'image pouvait me faire.
Tu as reconnu plusieurs fois que la Beat Generation a été un choc pour toi. Parle-nous de cela ? La première fois que j'ai eu un contact avec la Beat Generation, j'avais 18 ans, c'était la couverture du n°1 du Magazine Littéraire. J'ai d'abord découvert les photos des protagonistes de la Beat Generation. Ça m'a fait un choc de découvrir ces types (Ginsberg, Orlovsky...) avec des cheveux sur les épaules, avec un côté vraiment glauque et les articles où ils parlaient de drogues, d'expériences. J'ai vraiment eu envie d'en savoir plus et je savais à l'avance que ça allait me faire quelque chose.
Des complices ? Non c'est pas une histoire de complicité, c'est que je savais que ce serait perturbant pour moi. Il y avait un côté - je pense surtout à Burroughs - "rapport avec le mal" et en fait je me suis rendu compte après que j'avais beaucoup exagéré les choses. On mythifie quand on se base uniquement sur des photographies, après quand on a les livres en main c'est un peu différent. Sinon après j'ai lu Sur la route de Kerouac ça a été très important aussi, c'était enthousiasmant. Je sentais ces types en opposition avec tout ce qu'on m'avait fait ingurgiter à l'école où l’on était obligé d'apprendre par cœur des trucs classiques et là, vraiment, il y avait de l'air frais : "la vraie vie". Jusqu'à ce que je me rende compte ensuite que c'était aussi des écrivains et que tout ce qu'ils produisaient c'était le résultat d'un travail important. Ça je l'ai pas compris tout de suite, je l'ai compris ensuite, quand je me suis moi-même mis à écrire. Il y avait aussi le côté "c'est l'Amérique", surtout chez Kerouac. Le passage qui me plaît le plus dans Sur la route - je l'ai pas relu depuis - c'est quand il est dans un club de jazz et qu'il décrit le solo d'un saxophoniste.
Tu viens de nous dire que Lautréamont avait été important. Ça a influencé d'entrée ton écriture par rapport à cette idée de montage ? En fait, le montage chez Lautréamont je ne l'ai pas découvert tout de suite. Moi tout ce qu'il y avait dans Les Chants de Maldoror je l'ai pris pour argent comptant. Tandis qu'avec Burroughs ce qui m'a tout de suite intéressé, c'est son côté professeur, où il démontrait ce qu'était le contrôle, ce qu'était le mot, la façon de manipuler. Tout cela m'a intéressé parce que quand j'ai découvert Burroughs, c'était pile au début des années 70, il était comme un professeur. J'ai appris beaucoup de choses en lisant Burroughs et le côté, par exemple, où il dit « Nous vivons sous le mode du collage, tout ce qu'on dit est influencé par ce qu'on voit ou ce qu'on entend », je l'ai suivi à la lettre. On prend Burroughs, on fait. J'ai pris des bandes de magnétophone, je les ai découpées. J'ai fait des expériences, enregistré ma voix. C'est là que j'ai appris à manipuler, à monter et à produire des effets en utilisant les techniques de Burroughs. Et ça pour moi y a pas de problème, ça reste toujours d'actualité. Bon, après je me suis rendu compte que d'autres avaient fait cela, les dadaïstes par exemple.
Ces montages dont tu parlais, ces montages audio, tu les diffusais ? Au début pas du tout, parce que dans les années 70 à l'époque où je faisais cela il n'y avait pas de possibilité d'accès aux médias. Donc je faisais cela pour moi ou pour les amis, on se passait nos bandes. Mais c'est vrai qu'une quinzaine d'années plus tard j'ai tout ressorti et je l'ai utilisé en radio. Après j'ai construit mes émissions de radio sur ce modèle-là.

Your first artistic thrills? It wasn't during my childhood because as far as I can remember I didn't come into contact with art as a child. I think my first real artistic shock was when I heard Elvis Presley singing Jailhouse Rock. And after that, the first records by the Beatles and the Rolling Stones, I was 15 or 16. Those were my first artistic thrills. Of course, before that, I had discovered the pleasure of reading but it wasn't so strong, it happened gradually. But getting all of a sudden in your ears the power of Jailhouse Rock, or She Loves You, or Satisfaction, that was the real thing!
First literary thrill? The book that really hit me, it's very clear in my mind, was Les Chants de Maldoror. I can still see the place where it happened and I remember I read the whole book almost non stop, I came out in the garden and ran around the house two or three times to recover my mind because it was so... It really shocked me, troubled me, it was a big emotion.
Did it give you a desire for writing? No, but it made me aware that with a written thing you can produce such a thrilling experience and I was a little jealous of this. Reading some excerpts of Les Chants de Maldoror could produce a physical effect on me. At that time I was a little older, 18 or 19, not very early, for sure! The book had appeared in paperback, it was mythical, you had heard of it but it was hard to find a copy.
First visual shock? More common in this artistic field, I had two visual shocks. First in the Van Gogh Museum in Amsterdam and more recently, The Schwitters Exhibition in Paris (Beaubourg). Some images affected me, childish memories, like pictures in my school-boy dictionary, but that wasn't a shock! I became aware of the power of image, of what an image could do to me.
You have often said that the Beat Generation was a major influence on you. Can you talk about that? I had my first contact with the Beat Generation when I was 18, it was the cover of the first issue of Le Magazine Littéraire. I first saw the pictures of the people involved in it. A real shock to discover these guys (Ginsberg, Orlovsky) with their long hair, looking almost pernicious, and these lines talking about drugs, experiences... I had a desire to know more about it and I knew in advance that it was going to change me.
Complicity? Not at all, it wasn't about complicity, but I knew it was going to disturb me. It was something like - mostly thinking about Burroughs - "dealing with evil" and later I became conscious that I had exaggerated. I think you can easily mythify things seeing only pics, but when you get the books, it's slightly different. Anyway after that I read On The Road by Kerouac, an important and enthousiastic experience. I felt these people where in opposition with all that stuff I had to swallow at school when I was obliged to learn by heart classical texts, so there it was fresh air: "real life". Until I realized they were writers too and their books were the result of hard work. I didn't pick that up at the time. I understood after a while, when I started to write myself. There was also a kind of fascination "This is America", mostly while reading Kerouac. My favourite lines in Kerouac's On The Road, I haven't read it for a while, are when he's in a jazz joint and he describes this saxophone soloist blowing...
You said Lautréamont was a major influence. Did it introduce you directly in this idea of collage writing? No, at first, I didn't notice the use of montage in Lautréamont's writings. When I read Les Chants de Maldoror, for me it was all gospel truth. Whereas for Burroughs, what interested me primarily, was his teaching side, the way he demonstrated what exactly control is, the viral side of the word, the way you are manipulated. All that interested me a lot, because when I met Burroughs's writings, it was the early seventies. I liked his way of being a teacher. I really learned a lot from him, especially when he says: "We're living in a collage way, everything we say is influenced by what we see, what we hear..." I took that literally. You hear Burroughs, you act. I cut up recorded tapes. I experimented recording my voice. I learned to manipulate, to cut and edit, to produce effects using Burrroughs's techniques. And for me, there’s no arguing, it's still up to date. Ok I know, Dadaists used some of these methods before.
These collages you're talking about, these audio edits, did you broadcast them? Oh no, not at all, when I was doing that in the 70's, there was no way to get access to the media. So I did it for me or for my friends, we swapped our tapes. But 15 years later, I dug up all this material and put it on air. And my radio programs were based on this cut-up model.

La suite : Interview 2

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posted by Lucien Suel at 07:52 3 comments

mardi 10 avril 2007

Boire en couleurs

Boire- pour être gris ou noiR
Le vin rouge ou l’apéro rossO
En abondance- ce qui s’est bU
Une fois dissous dans le sanG
Entraîne souvent l’alcoolismE
Lucien Suel

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mercredi 4 avril 2007

RAYONNEMENT

D'autres, à l'occasion de Pâques, portent du pied de poule...

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lundi 2 avril 2007

Poème express : Croyance

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