jeudi 31 août 2006

Silo (33) James Ellroy

Je remarquai une échelle à incendie boulonnée sur le silo à grains de l’autre côté de la rue.
James Ellroy, Dick Contino’s Blues, Rivages/Noir, 1996, p. 140.

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lundi 28 août 2006

Un poème de Ed Sanders

The Chain

For 15-thousand years
the plutonium
in the smoke detector
lay in the Woodstock dump

till the day
the grade-blader scraped it out
& smashed it to chiplets
the chipmunk pulled
to the pouch of his cheeks

& during
the next 200
.......................years

it caused
................6 cancers

in a skunk
a crow a deer
a dog a dog
and Johnny McQuaife

La chaîne

Pendant quinze mille ans
le plutonium
du détecteur de fumée
est resté enfoui dans la décharge de Woodstock

jusqu’au jour
où la lame du scraper l’a déterré
et réduit en miettes
le chipmunk s’en est bourré
les abajoues

et durant
les deux cents ans
...............................qui suivirent

cela provoqua
.........................6 cancers

chez une mouffette
un corbeau un cerf
un chien un chien
et Johnny McQuaife.

Traduction : Lucien Suel

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vendredi 25 août 2006

Une chanson de Theo Hakola

Ô tendre jeunesse !

Ô tendre jeunesse, chose douce, chose fluide
Dites non à la vieillesse, Écoutez vos appétits
Ô tendre jeunesse, chose molle, chose humide
Dites non à la sagesse car un bon look n 'a pas de prix

Laissez-nous vous vendre nos t-shirts pourris
Laissez-nous vous prendre pour de gros abrutis
qui font pour nous de la réclame en portant nos produits
qui nous paient pour faire la publicité qui nous a tant réussi

N'importe quelle crotte qui porte la marque, qui porte la marque qui brille
Achetez-la ô tendre jeunesse, faites monter nos profits
Faites-vous respecter ainsi par d'autres abrutis
Dépensez, ô tendre jeunesse, dépensez toutes vos vies

Que la marque rayonne de haut en bas, que personne ne soit à l'abri
des baskets et des casquettes ornés de la marque qui brille
Ne soyez pas trop regardants à l'égard de vos économies
Ô tendre jeunesse, remplissez nos caisses, faites multiplier nos fruits

Ô tendres chiens qui attachez si bien vos chaînes vous-mêmes :
Léchez, lavez, repassez, rapportez et portez vos laisses
Soyez complices avec la police de vos propres supplices
N'affichez pas vos faiblesses, ne vous écrasez pas comme des gonzesses
Ne vous habillez pas avec petitesse, ô chère et tendre et jobarde jeunesse
Apportez-nous toute votre largesse et oui, faites fructifier notre business !

Ô tendre jeunesse, ô idiote jeunesse, ô pauvre jeunesse, ô sotte jeunesse
Ô jeunesse bleue, ô jeunesse jaune, ô jeunesse verte, ô jeunesse conne
Ô jeunesse blanche, ô jeunesse rouge, ô jeunesse noire, ô jeunesse qui bouge
Ô jeunesse percée et anti-mondialiste, ô jeunesse tatouée et progressiste
Passez de la pommade à vos exploiteurs, passez vos commandes, n'ayez pas peur
Achetez le swoosh, mettez-nous encore une couche, ô tendre jeunesse, merci de tout cœur

Des victimes consentantes vous êtes, des consommateurs, des pauvres bêtes
des pigeons plumés jusqu 'à la peau par la libre entreprise en plein assaut
Par le swoosh qui vous pousse à vous cribler de dettes,
Par la marque qui vous embarque comme des mauviettes
Par un tas de torchons déguisés en survêts
Par les manigances de la puissance qui colonise vos têtes...

Ô tendre jeunesse, chose douce, chose fluide
Dites non à la vieillesse, écoutez vos appétits
Ô tendre jeunesse, chose molle, chose humide
Dites non à la sagesse car un bon look n 'a pas de prix

(Une nouvelle chanson interprétée récemment à Paris)
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mercredi 23 août 2006

Intermède

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lundi 21 août 2006

Nothing (Thierry Tillier)

J'ai eu très récemment la surprise de trouver sur internet un de mes collages datant de 1981. C'était ma participation au projet Lt Murnau. Thierry Tillier, autre participant à ce projet, a entrepris de mettre en ligne ses archives. On peut consulter avec intérêt son travail et notamment ses collages mystico-érotiques sur le blog NOTHING.
A noter aussi sur le même blog, une perle sur laquelle je me suis attardé une petite demi-heure hier matin : la mise en ligne (page du 17 août 2006) * du mythique film de Robert Frank, Pull my daisy (1959) avec notamment Alllen Ginsberg, Gregory Corso, David Amram et la participation de Jack Kerouac qui écrivit le film et assure la narration.
____________________________
*Sur la même page, on entend Kurt Schwitters lire son Ursonate, et donc il vaut mieux attendre qu'il ait terminé avant de lancer le film de Robert Frank... un peu plus bas sur la même page.
Sur le même blog, on peut aussi voir un très court extrait de Neal Cassady monologuant au volant du bus des Merry Pranksters. (Voilà qui devrait intéresser Lady Jane !)
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vendredi 18 août 2006

Silo (32) Dennis Lehane

Nous sommes à la campagne, au sud du Massachusetts mais au nord de la ligne Mason-Dixon -dans le Delaware, peut-être, ou le sud du New Jersey -, et des silos à carreaux rouges et blancs émergent au loin des champs labourés que la neige tombée la semaine précédente a recouverts d'une couche gris clair rappelant le papier journal. Il n'y a rien alentour à part les champs et les silos à l'horizon, une éolienne pétrifiée et silencieuse, des kilomètres de câble téléphonique scintillant de givre.
[ ...]
Derrière le silo le plus éloigné, un filet de fumée sombre s'élève d'une cheminée.

Dennis Lehane, Prières pour la pluie, Rivages thriller, 2004, p. 11.

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mercredi 16 août 2006

L'Ankou Loup

J’ai composé ce poème à la demande de Philippe Pot pour accompagner une de ses gravures sur bois. « Mon travail est inspiré des veines du bois. Cette gravure est d’inspiration bretonne. En Bretagne, la mort est personnifiée. Le dernier mort de l’année dans une commune, est chargé de moissonner les âmes de l’année suivante. C’est un squelette, tenant une faux emmanchée à l’envers, avec une charrette et un cheval squelettique. » (P. Pot)
Il existe des similitudes entre les légendes et les langues des différents peuples celtiques.
A partir de ce poème, et sans connaître l’image originale, William Brown qui vit au Pays de Galles (Cymru), a produit trois nouveaux dessins. Nous avons demandé à David Greenslade, poète originaire de Cardiff (pardon, Caerdydd !) de traduire le texte en gallois.

L'Ankou - bois debout - gravure de Philippe Pot



L'Ankou-loup

une sombre ducasse tourne
manège
un tour à l'envers
garou-loup à l'endroit le loup-garou
poil noir poil rouge
la roue tourne
sang noir sang rouge
déchirure
le dernier est le premier
circoncision des tranches
les prépuces roulent sous les arbres
le bois debout
le vent se lève lui aussi
l'ankou sort sa lame emal à l'envers
l'âme s'envole
vrai ou faux
le cheval du mort galope vers la marée
le marin perd pied
la fin devient le début
l'enfant se noie dans le flot noir
une sombre ducasse tourne

Lucien Suel


The Death Wolf

The dark fair turns
the carousel reverses
course wolf lurking 'becomes'
black fur, red coat
the wheel turns
black blood, blood red
the rents (tears)
circumcision
by degrees (increments)
foreskins scatter beneath the pines.
The wood rears up
the wind rises
out with the blade Ankou...
... backwards now
the soul takes flight
true or false
the Death Horse gallops towards the shore.
A sailor stumbles
the end becomes the beginning
a child drowns in the black tide
the dark fairground turns

Traduction : William Brown


Blaidd yr Angau

Mae ffair y nos yn troi
a’r ceffylau carswèl yn eu heglu pen arall
y blaidd aflan yn troi
mwng.du@ coch.blew
yr olwyn fawr yn troi
gwaed.du @ coch.gwaed
y crafu ; yr hollt ;
olaf yn gyntaf
blaengron y pidyn / y toc
yn treiglo dan y coed
pren y codi
awel yn codi hefyd
allan â’r min Ankou !
ar y gair
yr enaid hefyd yn cymryd y goes
gwir neu gau
wele’r Mari Lwyd yn carlamu at y traeth
cwymp yr hen longwr
diweddglo / rhagymadrodd
ymfodda’r baban yn yr heli du
mae ffair y nos yn troi.

Traduction : David Greenslade

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lundi 14 août 2006

L'invasion des profanateurs de littérature

L'INVASION DES PROFANATEURS DE LITTÉRATURE
L'ÉMERSION DES EMBROCATIONS DE LITTÉRATURE

L'ALLUSION DES ALLOCATAIRES DE LOUFOQUERIE
- triste en tsar rat - raye mon radis gai-
L'ABRASION DES ABSTRACTIONS DE LEXICOLOGIE

L'INVASION DES INVOCATRICES DE LAPAROTOMIE
- j'en coque tôt - m'hauts risques harem -
L'INSANITÉ DES INSCRIPTIONS DE LINOTYPISTE

L'ÉCLOSION DES ÉLÉPHANTEAUX DE LORENZACCIO
et f'ra him mica aile - art turc rave han-
L'HUMIDITÉ DES HUMILIATIONS DE LOTHARINGIE

L'INTESTIN DES INVOCATRICES DE LAUTRÉAMONT
franc six pique habilla - pôle vers l'aine
L'ÉRUPTION DES ÉREINTEMENTS DE LAPALISSADE

L'INCISION DES INCENDIAIRES DE LARMOIEMENT
qu'on tait ce mate yeux de nô aïe - reu né
charre - comptent deux l'autre est amont -
L'OSSUAIRE DES OSTENTATIONS DE LIVINGSTONE

L'OBLATION DES OBLIGATAIRES DE LYMPHANGITE
j'orge riz beuh monde et saigne - pis erre
j'en joue voeu - arts t'eurent reins bots-
L'AUDITION DES AUDOMAROISES DE LIBERTINAGE

L'ULTRASON DES UTILISATEURS DE LOCOMOTRICE
mare seul l'inn déborde val mort - en rime
y chaut - en tonnes nain are taux - re nez
creux vêle - va l'ère y lares beaux - aide
mon rosse temps - jacquerie go - mât rhino
aile - ha l'frais d'jarre hi - j'ange naît
L'URANISME DES URUGUAYENNES DE LAMENTATION

L'INCISION DES IMMORALISTES DE LABORATOIRE
et mille vers à rennes - france hisse vies
et les griffes hein - re navy vient - pôle
des roues laides - j'eus le bar baie dorée
vile hie - j'osais mari à deux erre et dis
ah - l'ai oncle adèle - sue lit prude aum-
L'INFUSION DES INSOMNIAQUES DE LONGUENESSE

L'AUTOPSIE DES AUXILIATEURS DE LANGOUSTINE
loup hi le quart d'eau n'hèle - j'empierre
du pré - ville y est de l'île à dents - en
d'raie ma bille deux ponts cheville - bain
j'âme impaire est - pierre reverdit - j'en
m'aurait as - sein jaune perce - robe erre
d'esse n'os - frais derrick miss t'râles -
L'ESTRAGON DES ESTHÉTICIENS DE LÉGUMINEUSE

L'HYSTÉRIE DES HYPNOTISEURS DE LUCIFÉRIENS
L'OCCASION DES OCCULTATIONS DE LÉGIONNAIRE
t'es haut d'hors de banc vil - trisse t'en
corps bière - l'eusse hideux la rue marres
d'russe - l'or entaille à d... - en riz de
raie niais - gens riches pain - ah l'berce
à mains - et mit le gui aux mains - mort y
se bouche or - peau l'bourre geai - a dôle
ferait thé - run & guile - c'tait fane mal
armée - char le beau de l'air - l'ouïe est
millet - j'ai rare de nerf val - s'tue art
mais rit l'... - renaît d'eau mâle - germe
un nous vos - gui heaume appeau lit nerf -
L'ÉMULSION DES EMMÉNAGOGUES DE LESBIANISME
L'OVERDOSE DES OVOVIVIPARES DE LAMPISTERIE

Lucien Suel

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vendredi 11 août 2006

WB/WB/LS

La formule individu brillait magnifiquement dans le noir.

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mercredi 9 août 2006

Late Summer Ploughing Show (John Beynon)

Festival de labours en fin d’été
(Saint Hilary, Vale of Glamorgan)
Après les tracteurs de fantaisie et leurs cabines-bulles de l’ère spatiale,
Vision à 360 degrés et GPS embarqué,
Auto-équilibrage ici, auto-ajustage là ;

Après les démonstrations de labour assisté par laser,
Les graphes informatiques pour mieux gérer la rotation des cultures
Et l’affichage instantané sur écran de la géophysique des sols,

Après les courses à sac et le plongeon d’un suicidaire
Dans une fosse pleine de mousse depuis un wagonnet en flammes
Et les concours de tirs au but à la David Beckham,

La voici finalement qui arrive, trop tard dans la soirée,
Quand la lune est déjà haute, l’indispensable touche traditionnelle :

La manière dont les choses se passaient autrefois...

Le concours de sosies d’Elvis est tout à fait terminé,
La tente à bière rempaquetée quand, comme dans un souvenir d’après-coup,
Les voici ; leurs ombres glissent le long du chemin, en traînant, un peu gênées.

Deux Royal Suffolks, comme des galions à gréement complet, chacun gros comme un château,
Dans une anarchie de chaînes qui cliquent et de cuivres luisants,
Roulant vers le champ enténébré et stoppés, ho ! Cliquetis.

Alors, les muscles bandés de leurs hanches immenses se détendent tels des fouets
Dès qu’ils tirent au licou et instinctivement s’installent dans
Un déhanchement fluide, se mouvant comme un seul, déroulant sans effort

Sillon après sillon, plus rectiligne et plus juste
Que la dernière technologie ne puisse le concevoir,
Un peigne aux mille dents fines qui passe doucement

Dans la mystérieuse, humide, noire chevelure du champ éclairé par la lune.

A la fin, pailletés de sueur argentée, ils sont là, debout,
Secouant nerveusement leurs grandes têtes royales
Comme s’ils tentaient d’ébranler une tristesse implacable,

Imprimant au sol les plaques larges de leurs sabots tandis que les caméras
Digitalisent cette curiosité sur leurs cartes mémoires,
Se câlinant tendrement du nez tandis que les voitures de luxe glissent près d’eux

Doucement éclairées, leurs intérieurs capitonnés de cuir, montrant
Des enfants très vite ennuyés, accroché à leurs i-pods personnels
Pendant que des profondeurs du karaoké, un clone de Gloria Gaynor

Assure à tout le monde, à des kilomètres à la ronde qu’elle survivra.
(Traduit de l’anglais par Thomas Suel)

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mardi 8 août 2006

toile.point.suel

Une compilation des liens internet Lucien Suel (une sorte de del-icio-us égocentrique) sur le blog LSD.

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lundi 7 août 2006

Sur la piste d'Arthur Cravan

Mon ami Johan Everaers est en ce moment à Terre-Neuve à la recherche d'informations sur Arthur Cravan. Pour compléter l'article paru ces jours-ci dans le Western Star, voici le début d'un dossier rédigé par Johan dans lequel il raconte en quelles circonstances il a pu mettre la main sur des lettres d'Arthur Cravan. Ce dossier a été publié dans le numéro de juin de la revue Action Poétique (n° 184).
Voici le début de l'article de Johan Everaers avec deux des cinq lettres de Cravan :

Brocante saucisse
‘t Is niet waar. Une de ces brocantes tristes organisées dans le but de divertir les estivants qui s’ennuient dans une de ces stations balnéaires carrément plus tristes encore. Bien loin de ce qu’elles étaient avant, la Parisienne d’à coté les dénonçait comme “brocantes saucisses”. Sur la Grand-Place dans mon bien aimé village d’Audresselles, étalés sur une couverture et protégés contre la pluie sous un morceau de plastique, gisaient quelques petits lots de papiers depuis longtemps ficelés, des psautiers poussiéreux et une édition de poche de « Pêcheur d’Islande », qui par cette image drôle avait tiré mon attention. La femme assise dans sa voiture, tout en vidant un petit pot de yaourt, baissa la vitre de sa portière et tâcha de trouver un acheteur pour ses bibelots en me disant que pour vingt euros, je serai le nouveau propriétaire du lot de papiers, les livres inclus.
“Je meent het”.
Arrivé chez moi, j’eus un vague sourire en regardant la couverture du bouquin de Pierre Loti et je coupai les ficelles cinquantenaires de mon paquet surprise. Dans du papier kraft, quelques feuilles, des cartes postales, quelques magazines noir et blanc et une vingtaine de lettres écrites à la main. Sur presque toutes les lettres: Terre-Neuve, 1917. Je reconnus « MAINTENANT », le magazine littéraire qu’avait produit Arthur Cravan en six éditions différentes entre 1912 et 1915 et qu’il vendait dans les rues de la capitale française. Mais tenais-je dans mes propres mains les lettres que Cravan, déserteur et à la fuite dans l’Amérique du Nord, avait écrites à sa femme Renée à Paris ? Les lettres que Blaise Cendrars prétendait avoir vendues en 1936 à Matarasso dans la rue Bonaparte ! Niet te geloven ! Incroyable !

North Sidney, le seize septembre 1917
Ma chère Renée,
Enfin une petite carte de toi. Si tu avais indiqué “General Delivery” je l’aurais reçue bien plus tôt. Je suis content d’apprendre que tu vas bien. Moi aussi je vais bien, mais c’est tout le contraire en ce qui concerne l’ami Frost. Il tousse constamment ; par conséquent, il dort mal et à cause de sa condition physique aggravée, notre voyage se déroule moins bien. Il risque de m’embêter. Dans deux jours, nous pourrons prendre le ferry pour Terre-Neuve et là, nous nous sentirons moins pourchassés. Hier, tout à fait au nord de la Nouvelle-Ecosse, j’ai vu sur le Golfe du Saint-Laurent, un coucher de soleil que je n’oublierai jamais de ma vie. J’ai pensé au “Rayon Vert” de Jules Verne. Ce rayon magique ne m’aura pourtant pas avancé beaucoup. Comment regarder dans l’âme de ton amante quand tu es séparé d’elle par un océan ! Je t’ai [ quelques lignes ont été arrachées ici ] de cette maudite guerre. Envoie ton courrier à Marie Lowitska, General Delivery, Battle Harbour, Labrador.

Ton Arthur

En fuite devant la guerre, Cravan se déplaçait en stop, déguisé en militaire, et on sait depuis longtemps que sur une partie de son voyage, il voyageait en vêtements de femme. Durant sa vie, Cravan s’est servi d’au moins dix pseudonymes dont un nom de femme. Le fait que Renée devait envoyer ses lettres à Marie Lowitska indique que de nouveau un morceau de la devinette sur le séjour de Cravan à Terre-Neuve est résolu.

Terre-Neuve, Corner Brook, le 25 septembre 1917

Ma grande fille,


Vite un petit mot de cette ville. Le voyage par le ferry s’est bien passé. Ici il me faut faire bien attention et j’ai peu de bonnes nouvelles. Arthur Burnett Frost junior se porte mal et a été hospitalisé ici à l’hôpital de Corner Brook. Je crains le pire et c’est avec regret que j’ai dû l’abandonner. Rester avec lui serait prendre trop de risques. Je fais vraiment tout pour être fidèle à ma devise. MOI ON NE ME FAIT PAS MARCHER. Maintenant que je ne suis plus avec mon ami fortuné, c’est vraiment à moi de me débrouiller seul. Dans cette enveloppe tu trouveras quelques croquis faits par Frost pendant notre voyage vers Port-aux-Basques. Ils sont bien faits et tu feras bien de les conserver soigneusement. N’oublie pas que Frost avait déjà une réputation d’artiste-peintre lors de son séjour à Paris. Je connais assez bien son père A.B. Frost Senior, l’illustrateur. Sans aucun doute Terre-Neuve sera le terminus pour Arthur B et ce sera un coup dur pour Arthur B. Senior.
Entre temps, j’ai réussi à me loger et j’ai trouvé un boulot dans une ferme isolée près de Curling, un village voisin. Les gens sont très aimables. Je suis entré en contact avec eux par une petite annonce dans le journal local, « The Western Star ». La fille de la famille cherchait quelqu’un pour travailler avec elle. Le Labrador est encore loin car je préfère ne pas dépenser l’argent qui serait nécessaire pour le ferry. Je songe aux possibilités d’atteindre St. John’s. Dans un café local, j’ai rencontré une personne originaire de Bonavista. C’est un pêcheur et il pense avoir du travail pour moi. Ce n’est pas vraiment du travail que je cherche, mais pour le moment il n’y a pas d’autre solution. Envoie ton courrier à partir de maintenant à Robert Miradecque, General Delivery, Port Union, New Foundland.

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vendredi 4 août 2006

Académie 23 : Summer Test

Au hasard de mes lectures, j’ai sélectionné 7 passages dans lesquels apparaît le nombre 23.
Je propose aux personnes sagaces, érudites et curieuses qui fréquentent le silo de rechercher les auteurs de ces extraits...
Dans un premier temps, je ne donne aucune indication. Ensuite, je fournirai la liste des auteurs.
Liste des auteurs par ordre alphabétique : William Burroughs, Day Keene, Arthur Koestler, Paul Léautaud, Ed McBain, Stendhal, Paul Verlaine.
Pour intéresser le jeu, un ouvrage à choisir dans la Collection du Starscrewer sera offert à celle ou celui qui aura été le plus rapide.
C'est donc Tlön qui aura été le plus rapide et le plus perspicace.
Ci-dessous les bonnes réponses :

Extrait n° 1 : D’ici que je sois à 23 % il faudra des années, des années pendant lesquelles le Mercure continuera à empocher indûment et moi à être frustré.
Paul Léautaud, Journal littéraire, Tome VIII (août 1929 - mai 1931), Le Mercure de France 1960, page 31

Extrait n° 2 : Puis elle appela : « Tous ceux de la cellule 17. » «aTous ceux de la cellule 23. »
Arthur Koestler, Un testament espagnol, Albin Michel 1947, page 109

Extrait n° 3 : Téléphonez donc au bureau de police de La Vallée. Demandez le poste 23. C’est le service des mœurs.
Day Keene, Furie noire, Série noire n° 408, Gallimard 1957, page 153

Extrait n° 4 : Le contrôleur de la salle des transmissions, après avoir consulté l’énorme carte des quartiers de la ville qui se trouvait derrière lui, avait mandé sur les lieux la voiture 23, avec mission de procéder à une enquête et de rédiger un rapport sur l’homme qui, paraît-il, perdait son sang sur la chaussée.
Ed McBain, Du balai, Série noire n° 341, Gallimard 1956, page 14

Extrait n° 5 : J’ai écrit à ma femme que si elle ne venait pas me rejoindre dans les trois jours je me brûlerais la cervelle ; et c’est dans ce but que j’ai acheté le revolver ce matin au passage des Galeries Saint-Hubert, avec la gaine et une boîte de capsules, pour la somme de 23 francs. Déclaration de Verlaine au commissaire de police, in Arthur Rimbaud, Oeuvres complètes, Collection de la Pléiade, Gallimard 1954, page 299

Extrait n° 6 : J’étais tout étonné, j’avais à peine l’expérience d’un enfant de neuf ans, et toutefois je venais d’en avoir dix-sept au 23 janvier 1800.
Stendhal, Vie de Henri Brulard, Collection Folio n° 447, Gallimard, 1973, page 396

Extrait n° 7 : Le Virus 23 joue exactement le même rôle que la momie : celui de canalisateur alimentant le Ranch, tandis que le bétail humain est rassemblé et engraissé sur pied, avant de passer aux abattoirs...
William Burroughs, Parages des voies mortes, Collection 10/18 n° 2069, Christian Bourgois 1990, page 237
Pour vos réponses : utiliser les commentaires, ils sont ouverts à tous (la seule contrainte étant de recopier le code anti-pourriel).

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mercredi 2 août 2006

Silo (31) Philippe Billé

J'aime bien l'ambiance champêtre de cette revue, mais je crois que les Rustica d'antan, que je lisais chez une aïeule, me paraissaient plus attirants ; quelques signes manifestes de crétinisme affligent cette publication : présence d'un horoscope ("Suivez votre feeling pour vos affaires sentimentales"), coin des poètes, comics idiot en page de garde. Rien de bien excitant dans ce numéro, sauf une bonne fiche sur la potentille arbustive, et le truc d'un lecteur, qui confectionne des silos à compost avec des palettes en bois.

Philippe Billé, Notes de lecture, Lettre documentaire Xcvii, Bordeaux, novembre 1994.

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